La Bavière ne s'oppose plus à l'édition commentée de Mein Kampf

Julien Helmlinger - 23.01.2014

Edition - International - Mein Kampf - Edition commentée - Adolf Hitler


Outre-Rhin, le Land de Bavière soutenait en décembre 2013 avoir pris la ferme décision de s'opposer à toutes formes de réédition du pamphlet nazi, à sa tombée dans le domaine public, par souci d'éviter de donner du grain à moudre aux extrémistes. Cependant, l'État allemand a annoncé ce mercredi renoncer à poursuivre en justice et empêcher la publication programmée d'une édition critique et commentée de Mein Kampf, par des universitaires.

 

 

 

 

Le projet de réédition commentée avait été annoncé voilà deux ans, par le ministère des Finances de Bavière, actuel détenteur des droits depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et ce, jusqu'en 2015. La mouture en question était d'emblée présentée comme réalisée par des universitaires et programmée à paraître juste avant que la tombée de Mein Kampf dans le domaine public ne soit effective. Une publication motivée par le devoir de mémoire, pour ses défenseurs.

 

Dans cette optique, les autorités régionales avaient subventionné l'institut de recherches historiques basé à Munich, afin qu'il puisse rédiger cette édition critique du livre publié originalement par Hitler en 1924. Mais suite notamment à quelques pressions israéliennes, exercées sur des politiques allemands lors d'une visite diplomatique, la Bavière avait changé d'avis.

 

Courant du mois de décembre dernier, le Land annonçait son intention d'engager des poursuites à l'encontre de toute réédition de l'ouvrage controversé, après sa libération dans le domaine public. Pour motiver ce revirement, était avancé le risque d'incitation à la haine raciale. Les remontrances israéliennes, incluant celle du président Shimon Peres, ayant visiblement fait mouche lors de la visite de Horst Seehoffer, dirigeant du Land bavarois.

 

Avec cette décision, la Bavière en arrivait donc à financer en partie un projet qu'elle menaçait elle-même de poursuivre en justice. Si certains se sont positionnés contre ce projet de réédition, et tandis que le Conseil central des Juifs d'Allemagne s'est déclaré favorable à la publication, le Land bavarois a finalement changé de position une nouvelle fois en ce mois de janvier.

 

Finalement, ce mercredi, le ministre régional de l'Éducation et des sports, Ludwig Spaenle, a justifié ce dernier mouvement en invoquant la liberté scientifique. « On ne peut pas porter atteinte à la liberté scientifique de l'institut de Munich chargé de l'édition critique. Il peut publier une édition, cela relève de sa responsabilité. » En même temps, l'ouvrage continue de s'arracher sur la toile, les critiques et commentaires en moins...