La bibliothèque, bientôt un Droit de l'Homme aux Nations Unies ?

Antoine Oury - 19.06.2014

Edition - Bibliothèques - Congrès de l'ABF - IFLA - Nations Unies


Exclusif : L'ouverture du 60e congrès de l'Association des Bibliothécaires de France a eu lieu ce matin, avec la présence de la ministre qui n'a pas annoncé grand-chose. En arrière-plan, pourtant, les petites mains s'activent, afin de replacer les bibliothèques au centre du débat public. Ainsi, l'IFLA (International Federation of Library Associations and Institutions) travaille à l'intégration des bibliothèques et de l'accès à l'information aux Droits de l'Homme des Nations Unies.

 

 

60e Congrès de l'ABF (Association des Bibliothécaires de France)

(ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

L'IFLA a eu fort à faire ces derniers mois, avec une sévère déconvenue lors de son dernier séminaire : les discussions autour de l'extension du copyright, et surtout d'une harmonisation des exceptions au profit des bibliothécaires, ont tourné court. Notamment suite à une sorte de blocus de l'Union européenne, qui, lancée dans la modernisation du droit d'auteur, n'a pas souhaité s'engager dans une réflexion globale.

 

Néanmoins, l'IFLA, Fédération internationale des associations de bibliothécaires et d'institutions, entend bien remettre le sujet sur la table en s'adressant cette fois aux Nations Unies. Ces dernières vont publier leurs objectifs de développement post-2015, et l'IFLA espère y intégrer la Déclaration de Lyon, un acte stratégique posant l'accès à la lecture et à l'information, via les bibliothèques, comme un droit fondamental.

 

« Le travail de lutte contre la pauvreté, contre les inégalités et pour le développement doit s'appuyer sur les bibliothèques pour assurer l'accès à l'information des populations », nous explique Ingrid Bon, membre du directoire de l'IFLA et consultante pour des bibliothèques aux Pays-Bas. Si les droits fondamentaux des Nations Unies évoquent bien sûr l'accès à l'information, la place des bibliothèques n'y est pas prépondérante. Malgré tout, assure Ingrid Bon, « les pays en développement, mais aussi les pays occidentaux, ont besoin d'une communauté de professionnels de l'information ».

 

« Certains politiques s'imaginent qu'avec le livre numérique, la nécessité des bibliothèques n'est plus justifiée », poursuit Ingrid Bon. « Or, avant d'être lecteur, il faut le devenir, et les parents et enseignants ne peuvent pas mener cette mission seuls. » La lutte contre l'illettrisme rejoindrait ainsi la préservation des bibliothèques, face à des budgets gouvernementaux en baisse, comme au Royaume-Uni.

 

Et, surtout, la présence des bibliothèques dans les droits fondamentaux de l'homme permettrait à l'IFLA de réaffirmer la nécessité d'un élargissement des exceptions : « Pour le moment, et comme l'a montré le dernier séminaire de l'IFLA, chaque pays travaille de son côté sur les exceptions, alors même que les frontières disparaissent. »

 

Les exceptions au droit d'auteur permettent en effet d'ouvrir l'accès à un plus grand nombre de publications pour les lecteurs empêchés de lire, non-voyants ou dyslexiques. « J'ai rencontré des adolescents de 15 ou 16 ans, dyslexiques, qui ont trouvé le goût de la lecture parce qu'ils pouvaient lire les mêmes ouvrages que leurs camarades, sans discrimination », termine Ingrid Bon.

 

En espérant que l'ONU ne se fourre pas le droit dans l'oeil, l'Union européenne serait ainsi beaucoup plus sensible à la question de l'illettrisme, qui bénéficie d'un groupe de travail au sein de l'UE.