La bibliothèque Gallica hackée pour la bonne cause : “Les idées ont fusé”

Antoine Oury - 22.11.2016

Edition - Bibliothèques - BnF Hackathon - hacking Gallica - Gallica Bibliothèque nationale de France


Les hackathons sont un bon moyen, collectif, d'améliorer une ressource numérique : les participants volontaires de ce type d'événement planchent pendant plusieurs heures pour proposer de nouvelles fonctionnalités. La Bibliothèque nationale de France a organisé le sien ce week-end, centré sur la bibliothèque Gallica, sa plateforme pour les livres numérisés, cartes, revues et photographies.

 

 

Visualisation cartographique du fonds de photographies de Paris d'Eugène Atget, avec Gallicarte

 

 

 

La Bibliothèque nationale de France a sauté le pas ces 19 et 20 novembre avec son premier hackathon : ce dernier « s’inscrit dans une démarche d’innovation dans laquelle s’est engagée la Bibliothèque afin de faire émerger les contours de nouveaux services à destination des lecteurs », précise la BnF. Ce type d'événement permet d'obtenir des idées à peu de frais, bien sûr, mais l'établissement s'est engagée, en retour, « à développer le projet primé selon les mêmes principes de licence libre », tous les prototypes réalisés étant placés sous licence Creative Commons CC-BY 2.0 FR.

 

Un premier rendez-vous entre la Bibliothèque nationale de France et des participants avait été organisé au début du mois : les premières idées ont été proposées, et certaines d'entre elles retenues pour être développées le week-end. Maïwenn, membre de l'équipe victorieuse de ce hackathon, avait ainsi en tête une visualisation cartographique des documents de Gallica, associée à une fonctionnalité de géolocalisation de l'utilisateur, pour lui proposer des ressources proches de lui.

 

« Nous étions 6 personnes dans l'équipe : trois profils de codeurs et développeurs, 1 profil d'étudiant, 1 profil d'archiviste et moi-même, infographiste, animateur et médiateur numérique », explique Matthieu Klein, un autre des membres de l'équipe qui a développé Gallicarte, l'outil primé lors de ce premier hackathon. « Nous ne nous connaissions pas, et la BnF laissait une participation libre sur les projets. »

 

« J'avais déjà fait un accompagnement sur un projet de bibliographie cartographiée dans le cadre de mon travail », nous précise-t-il, « et j'étais déçu de ne pas trouver cette fonctionnalité dans Gallica » : de la motivation, il en fallait pour plancher pendant 2 jours sur la réalisation d'une démo suffisamment aboutie pour donner une idée de l'utilité de cette recherche cartographiée.

 

Cette dernière permet de visualiser une base documentaire sous forme de carte interactive, « utilisée soit dans le cadre d'une recherche, soit dans le cadre d'une exploration », précise Matthieu Klein. Dans le premier cas, l'utilisateur visualise directement le ou les résultats sur la carte, dans le second, il utilise la carte comme point d'entrée vers les documents. « Au niveau applicatif, nous avons également pensé à la géolocalisation pour proposer des contenus en fonction de l'emplacement de l'utilisateur. » Des fonctionnalités particulièrement utiles pour un travail sur des guides de voyage, par exemple, mais aussi pour l'exploration d'un fonds photographique.

 

C'est ainsi sur celui d'Eugène Atget, centré sur Paris, que les hackeurs ont principalement utilisé pour leur démo de Gallicarte : sur leur site dédié, il est possible de se faire une idée du résultat (un plugin Chrome est également disponible). « Pour afficher les résultats, il est nécessaire d'extraire les métadonnées associées aux documents : les équipes de la BnF nous ont donné accès aux bases de données existantes de Gallica. »

 

 

 

Logiquement, Gallicarte ne fonctionne pour l'instant qu'avec les œuvres qui disposent d'informations liées à un lieu, et, même dans ce cas, leur exploitation n'est pas aisée : « Quels lieux sélectionne-t-on ? Ceux liés à l'auteur, à l'éditeur ? Il est aussi possible de se concentrer uniquement sur le sujet d'une œuvre pour établir la géolocalisation, comme les lieux d'un roman par exemple », précise Matthieu Klein.

 

« Un travail de tri est aussi nécessaire : on ne peut pas afficher tous les documents qui n'affichent que le lieu “France” par exemple. » Un travail qui peut être effectué par des algorithmes, mais l'enrichissement des métadonnées nécessite l'intervention d'un humain : « L'amélioration de l'interface faisait aussi partie du projet, pour l'ajout d'informations de manière collaborative » — les usagers pourraient alors préciser eux-mêmes l'origine ou le sujet des fonds de Gallica.

 

 

 

Une démo aujourd'hui, une fonctionnalité demain

 

Matthieu Klein, qui fait par ailleurs partie d'une association d'aide à l'accès et aux usages des outils numériques à Rueil-Malmaison et ses environs, Rueil Digital, souligne les avantages du hackathon : « Ce qui est appréciable, c'est que les idées ont immédiatement fusé, et à quel point la concrétisation a immédiatement commencé grâce aux expériences de chacun. »

 

 

 

Les efforts ont payé pour l'équipe Gallicarte, qui sort vainqueure de ce premier hackathon. L'expérience sera renouvelée chaque année, a annoncé la direction de la BnF. « La remise du prix signe l’engagement de la BnF à intégrer le projet Gallicartes au sein de ses services numériques. Ce développement se fera sous licence creative commons () afin de respecter le principe d’ouverture et de partage des données publiques », a précisé l'établissement, qui communiquera sur l'avancée du projet au printemps 2017.

 

« Parmi les projets proposés, plusieurs ont porté sur la visualisation et géolocalisation des données. La mise en relation des ressources visant à l’enrichissement de la consultation des données de Gallica a constitué un autre axe d’exploration », résume encore la Bibliothèque nationale de France. D'autres ont pris le parti de l'humour, comme l'équipe qui a travaillé sur Gallicalol, un générateur de mèmes — des images humoristiques et virales pour refléter une opinion ou une humeur — à partir du fonds patrimonial de Gallica.