La bibliothèque municipale de Grenoble, pilote pour le prêt numérique

Antoine Oury - 02.12.2013

Edition - Bibliothèques - PNB - bibliothèque - prêt numérique


Présentée pour la première fois il y a près d'un an, l'offre Prêt Numérique en Bibliothèques, ou PNB, par Dilicom sera très prochainement expérimentée dans plusieurs établissements. Parmi ces derniers, la bibliothèque municipale de Grenoble, où Annie Brigant, directrice adjointe et chargée du numérique et des services aux publics, nous a détaillé la mise en place du service.

 

 

La bibliothèque municipale de Grenoble (MilkyCC BY-SA 3.0)

 

 

« Si l'expérimentation n'a pas encore démarré, c'est parce que la mise en oeuvre de PNB a pris un peu de retard : chaque bibliothèque doit être à même d'afficher les livres numériques, ainsi que les droits d'utilisation relatifs, sur son interface », nous explique Annie Brigant. La partie applicative, prévue au départ dans PNB, n'a finalement pas pu être mise en oeuvre.

 

Pour les établissements, deux solutions se présentent :

 

  • soit l'adaptation du Système Intégré de Gestion des Bibliothèques (SIGB) avec l'ajout d'un module pour la gestion des prêts numériques, actuellement en développement chez Archimed et Decalog, 
  • soit le développement en interne d'une interface Web capable de supporter la gestion des prêts

 

C'est cette dernière solution que la bibliothèque municipale de Grenoble a choisie, « pour pouvoir bénéficier d'un véritable corner du livre numérique, avec l'affichage de recommandations et de mises en avant ». Le développement d'un portail spécifique permettra également une valorisation plus importante, dans la mesure où les livres numériques ne seront pas noyés dans la masse des autres documents. Autre avantage, et non des moindres, la possibilité d'ajouter sur cette plateforme des livres d'éditeurs « hors PNB », des livres du domaine public, ou, peut-être, des titres autrefois indisponibles.

 

Pour le développement de cette interface, la bibliothèque a fait appel à Feedbooks, en partenariat avec DeMarque, respectivement opérateurs de la plateforme Eden Livres et de pretnumerique.ca, interface de prêt numérique canadienne. En attendant le bouclage de cette interface, le service effectif aux lecteurs devrait être disponible pour avril ou mai.

 

Les conditions d'utilisation, avant tout pour "tester des solutions" 

 

Concrètement, les bibliothèques devront travailler en binôme avec une librairie de la région : pour Grenoble, c'est la librairie Le Square qui a remporté le marché. Le dispositif PNB développé par Dilicom, explique Anne Brigant, prendra la place d'un tiers de confiance pour les éditeurs (en conservant les informations relatives aux usages et aux droits d'utilisation), sans s'immiscer dans les négociations avec les éditeurs.

 

C'est aussi de ce côté que le plus gros du travail reste à accomplir : en relation directe avec les éditeurs, les établissements vont devoir entamer une phase de discussion avec eux pour déterminer les modalités d'usage. « Pour le moment, les offres sont encore en constitution et devraient être définitivement fixées pour le mois de janvier. Des deux côtés, il y a la volonté de tester des choses, et les modalités sont donc sujettes aux changements. »

 

Les différents modèles de prêt varieront donc selon les éditeurs, ou les distributeurs, ce qui ne va pas faciliter la tâche des bibliothécaires. Pour cause de soupçon d'entente, les distributeurs ne pourront pas présenter d'offres communes, tandis que les établissements de prêt, eux, mèneront les négociations selon les réflexions du réseau CAREL (Coopération pour l'Accès aux Ressources numériques en bibliothèques).

 

Pour l'instant, les quelques modalités d'usage font état de premiers compromis entre les éditeurs et les bibliothécaires : la consultation pourra se faire sur place, en streaming, et le téléchargement à distance, hors des murs de la bibliothèque, le fichier acquis étant chronodégradable. La bibliothèque aura auparavant acheté le titre numérique pour un certain nombre de prêts : « L'avantage, c'est qu'à un instant T, il sera possible de prêter plusieurs exemplaires du titre », souligne Anne Brigant. Au niveau du prix, toutefois, celui-ci est pour l'instant similaire au prix public, voire même... supérieur.

 

Le prêt entre établissements n'a pas encore été évoqué, mais la volonté de le mettre en place reste présente : « Pour le moment, nous souhaitons surtout mettre l'accent sur du frais, des nouveautés qui risquent d'être massivement empruntées. De ce point de vue, il risque d'y avoir suffisamment de demandes sur un seul établissement. »

 

À l'issue de cette expérimentation, des statistiques seront disponibles, fournies par Dilicom, mais également par l'interface développée en interne par l'établissement. La directrice-adjointe de la bibliothèque municipale de Grenoble souligne la principale qualité du projet PNB : « Accéder à une diversité d'offres éditoriales sans être "coincé" sur une plateforme unique, et sans jongler entre les plateformes, pour lesquelles l'utilisateur doit s'adapter à chaque fois. » Toutefois, il est évident qu'une gestion non-collective des droits d'utilisation va rendre l'apprentissage du public un peu plus ardu...

 

« Au sein du réseau CAREL », précise encore Anne Brigant, « nous espérons un financement de l'État pour construire une interface en marque blanche, une solution nationale, en quelque sorte, afin d'éviter un surcoût pour les établissements. » Une sortie du modèle vertical, donc, mais qu'il reste à faire décoller...