La Bibliothèque nationale d'Israël cache bien des secrets

Julien Helmlinger - 10.10.2014

Edition - Bibliothèques - Bibliothèque nationale d'Israël - Franz Kafka - Yiddish - hébreu


À Jérusalem, le personnel de la Bibliothèque nationale d'Israël dépoussière ses manuscrits rares, une collection comprenant son lot de trésors historiques jalousement gardés. Parmi les œuvres que l'on ne consulte pas aisément en ce haut lieu du livre, on retrouve notamment la première preuve écrite de la langue yiddish, le cahier de vocabulaire en hébreu de Franz Kafka, mais aussi des Bibles extraites de Syrie par les agents secrets du Mossad...

 

 

Jérusalem à la croisée des civilisations ( crédits : Bibliothèque)

 

 

Comme un témoignage de la Diaspora, en quelque sorte, l'établissement conserve de précieux manuscrits en provenance de tous les pays du monde où les Juifs auront vécu. Si certains de ses trésors ont été stockés discrètement jusqu'ici, la Bibliothèque nationale entend désormais en faire découvrir une partie au grand public. Une initiative qui passe par la numérisation.

 

L'institution israélienne prend donc la tête d'une entreprise à l'échelle mondiale qui entend créer des copies dématérialisées de tous les manuscrits hébreux de la planète, et qui passe par la construction d'une nouvelle adresse à côté du parlement israélien. Et ce dimanche, un manuscrit médiéval de la main du philosophe juif Maimonides a été envoyé en avant-première au Musée du Louvre, à Paris, à renfortde gardes du corps. On ne badine pas avec le patrimoine.

 

Une vaste phase de communication préliminaire est désormais lancée. Alors que cette semaine la Bibliothèque a convié l'Associated Press à découvrir certaines de ses œuvres les plus secrètement gardées, plus tard ce mois-ci se tiendra ce que l'institution à baptisé le Forum mondial de luminaires, organisé avec le concours du philanthrope Lord Rothschild, de l'ancien diplomate américain Elliott Abrams, ainsi que du lauréat du prix Nobel Daniel Kahneman.

 

Aviad Stollman, le responsable des collections de la bibliothèque, explique que certains des bijoux livresques concernés n'ont jamais été présentés au public. 

 

Et un dossier à déclasser

 

C'est notamment le cas des « Couronnes » de Damas, dont auront parfois entendu parler ceux qui se passionnent pour les écrits bibliques. Ceux-ci comptent parmi les plus anciens manuscrits complets de la Bible hébraïque, écrits dans le Moyen-Orient et en Europe il y a entre 700 et un millier d'années. 

 

Certains médias avaient fait état de leur prétendu pillage par des trafiquants israéliens, alors qu'ils étaient hébergés le siècle dernier au sein de la synagogue Jobar  de Damas. Un lieu de culte qui selon l'opposition au régime syrien aurait été détruit pendant la guerre civile, l'an dernier.

 

En réalité, ce sont des agents du Mossad qui ont mis la main sur ces manuscrits au cours d'une opération secrète, et les ont confiés à la Bibliothèque à la condition qu'elle n'ébruite pas l'anecdote, qu'elle les restaure et les conserve à la bonne température. Ils n'avaient pas été exposés depuis 2000.