“La bienveillance a le pouvoir de changer l'univers”

Nicolas Gary - 25.05.2019

Edition - Société - Philippe Krhajac - Gail Honeyman - bienveillance enfants famille


Solitude et espoir, détresse et bienveillance, la rencontre entre la romancière écossaise Gail Honeyman et le Rouennais Philippe Krhajac au festival du Premier roman de Chambéry était particulièrement attendue. Eleanor Oliphant va très bien, (trad. Aline Pacvon-Azoulay, Fleuve) et Une vie minuscule (Flammarion) ont tous deux des personnages écorchés vifs. Une trentenaire comptable dans une société de design et un enfant de 4 ans, placé dans un orphelinat. Avec tant de points communs.




 

Rien dans les parcours de Gail Honeyman et de Philippe Krhajac n’aurait pu les conduire à l’écriture de romans si proches, sauf peut-être, explique le second, « ce besoin de bienveillance qui est une nécessité universelle ». Écriture vue comme un challenge, pour l’Écossaise, « que de raconter la vie d’une femme qui est à l’opposé de moi », ou parole vraie, réaliste, « avec une dimension semi-biographique », souligne le Français. « Mais ma vie, vous vous en moquez : le plus important, c’est la fiction. »
 

Dans Eleanor Oliphant va très bien, c’est la vie d’une trentenaire, accablée de reproches par sa mère que l’on va suivre. Elle tombera amoureuse d’un horrible et détestable chanteur de rock, pour le pire. C’est grâce à sa rencontre avec Raymond, un collègue qui va la soutenir et l’accompagner, qu’Eleanor trouvera la force de s’accomplir, brisant le cercle de ses habitudes.


Pour Phérial, le jeune héros d’Une vie minuscule, c’est la maltraitance vécue dans une famille d’accueil qui va le précipiter dans un orphelinat. Au contact de trois femmes, « trois fées, qui sont autant de figures féminines, femme d’action, de réflexion et de cœur », qu'il trouvera son échappatoire. Non sans avoir interrogé parfois les étoiles, pour trouver une réponse sans être jugé.

 

Ils ont appris a survivre, plutôt qu'à exister


Deux ouvrages que tout sépare tant dans leur rédaction que dans les sujets abordés, mais deux héros qui partagent ce monde de souffrance et cet absolu besoin de rédemption — finalement entourés de personnages qui les accompagneront sur le chemin de la vie. Parler d’une quête initiatique relèverait presque du superficiel : au cœur de leurs textes, le mal-être et le vide.


 

 

Chez Eleanor comme pour Phérial, s’enclenchent alors des processus de survie — car « elle ne sait pas vivre, elle est totalement handicapée socialement », note Gail Honeyman, quand le jeune garçon « a un besoin terrible d’apprendre à dépasser la survie, pour mordre dans la vie à pleines dents ». Parce que les deux personnages « semblent avoir appris à survivre, plutôt qu’à exister ».


« Je voulais un roman qui raconte avec véracité la vie de cet enfant, avec une justesse dans l’écriture », indique Philippe Krhajac. « J’ignore si la fin est heureuse ou malheureuse, mais elle est ouverte, comme je la souhaitais, parce que la vie elle-même est emplie de possibilités. »

 

“La bienveillance a le pouvoir de changer l'univers”


Gail Honeyman parle plus facilement d’un défi, tant le personnage et son existence sont éloignés de sa propre vie. « Ce qui me tenait à cœur, c’est de montrer l’importance d’une gentillesse, sans jugement de l’autre. C’est le personnage de Raymond, qui va apporter à Eleanor tout ce qui lui manque — à commencer par la confiance en elle. »


Et d’ajouter : « Parce que le moindre geste de bienveillance, de gentillesse a le pouvoir de changer notre univers. » Philippe Krhajac rebondit : « C’est ce qui est gratuit, qui est divin : ces choses que l’on réalise sans violence, pour l’autre, et soudainement, tout devient possible, même de déplacer les montagnes. Sans toi, pas de moi, en fait. Et notre besoin de rattachement à l’autre, pour exister, qui peut s’accomplir. »




 

Entre Phérial et Eleanor, ce sont des stratégies de reconquête qui se mettent en place. « Eleanor se définirait comme une créature d’habitudes : la routine est sa manière de survivre. Sa stratégie est logique pour que rien ne soit remis en cause dans son quotidien. Or, comme elle est seule, personne ne la défie », relève Gail Honeyman.


« L’univers où évolue Phérial est totalement décousu, et lui aussi, d’une certaine manière, cherche des repères. Il se rattache à des gestes humains — comme le fait aussi simple que de s’asseoir à une chaise — pour ne pas être marginalisé. Sa stratégie de séduction, elle passe par les armes des adultes : le langage, l'écrit, et la parole. Pour sortir de l’orphelinat, il devra subir une batterie de tests. Alors, il joue avec les adultes, mais sait qu’ils sont les maîtres de sa vie », poursuit Philippe Krhajac.


Reste que cette bienveillance des personnages qui apporteront la chaleur manquant aux vies de l’un et l’autre, sont au cœur des romans. « Un jour, quelqu’un ou quelque chose vous apprend à déposer les armes. Et ce jour-là, on peut être sauvé », conclut-il.




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