La bit-lit, plus qu'un genre, un phénomène

Clément Solym - 17.03.2012

Edition - Société - bit-lit - littérature - femmes


Si on vous dit vampires, femmes fortes, action, suspense, romance, érotisme... vous répondez ? Bit-lit, bien entendu. La conférence animée par Jean-Luc Rivera, critique, proposait de revenir sur la définition d'un genre à part, de plus en plus apprécié et relayé par de nombreux médias. Sont intervenus Stéphane Marsan (directeur de collection chez Bragelonne), Marjolaine Boutet (maître de conférence en histoire contemporaine à l'Université de Picardie, auteure de Vampires, au-delà du mythe), Jeanne Faivre d'Arcier (auteure de Rouge Flamenco, La Déesse Ecarlate, et plus récemment Le dernier vampire chez Bragelonne).

 

 

Comment définir ce genre littéraire décalé ?

 

Les trois intervenants notent l'influence de séries comme Buffy, ou encore Anita Blake, de Laurell K. Hamilton, dans l'esprit des auteur(e)s du genre (en majorité des femmes). La bit-lit a fait ses premiers pas dans les années 2000. « Ces auteures sont toutes des femmes qui ont vu Buffy et lu Anita Blake. C'est exactement ce qui s'est passé avec la fantasy dans les années 1970, suite à la diffusion du Seigneur des Anneaux, dont se sont inspirés Feist ou Eddings à l'époque », explique Stéphane Marsan.

 

De gauche à droite : Marjolaine Boutet, Stéphane Marsan, et Jeanne Faivre d'Arcier

 

 

« Bit-lit » est en fait un terme analogue à chick-lit (littéralement « littérature de nana »), et désigne la littérature qui mord, et la figure incontournable du vampire. « La bit-lit mêle action, castagne, des protagonistes féminins, des histoires d'amour, des histoires de culs, de l'érotisme, car ça fait partie de la vie. Mais aussi du polar et de l'humour, car c'est une littérature de divertissement et de plaisir », conclut-il.

 

Le fantastique se renouvelle

 

« J'ai appris que je faisais de la bit-lit sans le savoir », explique Jeanne Faivre d'Arcier. Ses références à elle sont essentiellement issues de la littérature fantastique classique : Poe, Lovecraft, Leroux, Maupassant pou encore Kafka... on est bien loin de la chasseuse intrépide de vampires.

 

« Mais les personnages féminins sur lesquels j'ai travaillé se rapprochent de la bit-lit »,assure-t-elle, car « ce sont des femmes fortes, transgressives, rebelles à la hiérarchie ».

 

Selon Marjolaine Boutet, la bit-lit renvoie en effet à une image plus générale de la femme. Le genre de la littérature fantastique mettant en scène des vampires s'est retourné sur lui-même. « La bit-lit s'inscrit dans une réaction à la littérature façon Harlequin et à la littérature de vampires plus traditionnelle (façon Stoker) où la femme se montre passive. Plus de gentilles filles ! »

 

Le genre est aussi contre la représentation du vampire comme simple prédateur. La plupart des auteurs de bit-lit sont des femmes. Et les genres se confondent de plus en plus dans la bit-lit. « Le vampire classique est un homme bien sur lui, avec de la prestance, mais c'est aussi un prédateur. Or la figure de ce prédateur a changé, il redevient un homme, et se transforme parfois en victime. Le vampire d'aujourd'hui cherche parfois la rédemption à travers les femmes ».

 

Conséquence ? Le développement d'une empathie nouvelle pour le vampire. À l'époque où les antihéros deviennent plus sympathiques, on peut hasarder l'hypothèse que le regard de notre société change sur la notion de mal et de bien. Quand on parle des vampires de la bit-lit, c'est de nous que nous parlons véritablement.

 




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