La BnF donne 20 000 ouvrages jeunesse à la Bibliothèque nationale de Côte d’Ivoire

Joséphine Leroy - 03.06.2016

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Laurence Engel, la nouvelle présidente de la BnF nommée en avril, a décidé d'offrir à la Bibliothèque nationale de Côte d'Ivoire (BCI) 20 000 ouvrages de littérature jeunesse. En Côte d'Ivoire, la bibliothèque souhaite faciliter l'accès à la culture pour le public jeunesse. La collaboration avec la BnF pourrait dépasser ce cadre et se poursuivre par des transferts de compétences. Une politique centrée sur la volonté d'attirer une jeunesse qui peut se sentir exclue du monde de la culture. 

 

Déplacement de Maurice Bandaman ministre de la Culture de Côte d'Ivoire

Le ministre de la Culture, Maurice Bandaman, au Salon du Livre (2015)

(ActuaLitté / CC BY-SA 2.0)

 

 

« Ce don s’inscrit dans le cadre d’une collaboration plus large, témoignage fort de la solidarité liant deux pays qui ont la langue française en partage. Il marque une nouvelle étape dans l’intensification du partenariat avec la Bibliothèque nationale de Côte d’Ivoire », a expliqué Laurence Engel dans un communiqué. Les ouvrages jeunesse sont des livres en double exemplaire qui ont été intégrés dans les collections de la BnF dès 2009. S’y ajoutent des notices et données critiques issues du Centre national de la littérature pour la jeunesse (CNLJ). 

 

Trois ans auparavant, il y avait eu la création d’un Espace français dans la Bibliothèque nationale de Côte d’Ivoire (BNCI), financé avec l’aide du Centre National du Livre. 

 

La directrice de la BNCI, Chantal Adjiman, a axé sa politique sur la jeunesse, fixant comme priorité leur accès à la culture. Dans cette logique, la directrice entreprend la création d’un centre régional de la littérature jeunesse, calqué sur le modèle du CNLJ en France. La collaboration entre la BnF et la BNCI se poursuivra en ce sens par des transferts de compétences. 

 

Ce don généreux sort du cadre habituel puisqu'il s'agit là d'aider un projet à long terme, et non d'apporter un soutien ponctuel, comme ce fut le cas après le séisme de 2010 en Haïti.

 

Entre Paris et Abidjan, des liens étroits 

 

Mais cette coopération entre la France et la Côte d'Ivoire n'est pas nouvelle. En 2014, Maurice Bandaman, ministre de la Culture, avait confié au micro d’ActuaLitté son enthousiasme vis-à-vis de l’ebook, révolution dans l’accès au savoir et outil démocratique. Il disait se tenir informé par la politique du livre en France : « Évidemment, en tant que ministre de la Culture, je suis sensible et attentif à l'expertise française, que ce soit au travers de l'organisation du Salon du livre de Paris, ou par les conseils que le CNL est à même de dispenser. J'ai moi-même profité d'une bourse du Centre en 1995, en tant qu'auteur en résidence, à Limoges, dans le cadre du Festival de la francophonie qui s'y déroule. [Les francophonies en Limousin, NdR] »

 

Tout en rappelant la spécificité du patrimoine africain : « L'Afrique a cependant une spécificité. Une bonne part de notre patrimoine demeure immatériel, parce que de tradition orale. Ce sont nos contes, nos proverbes, nos langues — dont aucun n'est écrit, et par conséquent tous menacés de disparaître, parce que disparaissent les personnes qui ont ces savoirs. Nous avons cette exigence de préserver et sauvegarder ce patrimoine à travers un support. L'écrit n'est ni le plus facile ni le plus économique. Enregistrer sur support numérique toutes ces connaissances, ne suffira cependant pas : encore faut-il les partager à travers le monde. »

 

Un an plus tard, ActuaLitté l’avait de nouveau interrogé sur la création du CFL (Centre Francophie du Livre), soulignant l’importance de l’accès au livre pour l’ensemble du continent africain : « Un ouvrage, publié sur Paris, peut mettre des mois et des mois à parvenir à Abidjan. Et s'il n'est pas en édition de poche, il ne pourra pas être acheté, car trop cher. » D’où l’utilité de l’impression à la demande qui va, pour le ministre, jusqu’à devenir un élément de lutte contre le djihadisme : « Cet outil de fabrication et de commercialisation offre une réponse immédiate aux problèmes d'approvisionnement. Il ne faut pas oublier que vendre des livres, c'est développer la culture, c'est lutter contre l'obscurantisme, c'est donc faire reculer le djihad. »