À la rentrée 2015, on prendra un selfie avec son livre à la BnF

Antoine Oury - 08.06.2015

Edition - Bibliothèques - BnF politique - photographies livres - lecteur personnel


Le point fait partie des revendications des lecteurs et chercheurs qui occupent la Bibliothèque nationale de France. Certains d'entre eux demandent que les photographies d'ouvrages soient autorisées, dans le cadre d'un usage privé. Jusqu'à présent, les usagers qui désiraient effectuer quelques clichés devaient remplir un formulaire les « engageant à ne pas utiliser les photographies pour un usage public ». Une situation qui devrait changer dès la rentrée prochaine.

 

Pub BnF - Bibliothèque nationale de France

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

« C'est une question qui concerne les personnels et les lecteurs, qui comparent avec les autres établissements », reconnaît Sylviane Tarsot-Gillery, directrice générale de la Bibliothèque nationale de France, auprès d'ActuaLitté. Le syndicat CGT de la BnF avait attiré l'attention sur les photographies prises en rez-de-jardin : « En salles de lecture, ce dispositif [de formulaires à remplir, NdR] s’avère souvent difficile et parfois délicat à faire appliquer. Certains lecteurs ne demandent pas au personnel d’autorisation et font des photographies à leur place de lecture. Pour le personnel, il devient laborieux d’expliquer les restrictions surtout depuis la mise en place de la redevance pour copie privée étendue aujourd’hui à tous les supports vierges (appareil photo et téléphone portable). »

 

La BnF a donc décidé de libéraliser la pratique, et autorisera les photographies des documents en rez-de-jardin à partir de la rentrée 2015. Les modalités de cette ouverture doivent encore être discutées avec les personnels au cours du mois de juin, pour éviter que la décision ne rende leur travail plus complexe.

 

« La BnF a toujours été soucieuse du respect du droit d'auteur et des documents : en tant que bibliothèque de conservation, nous devons nous assurer que les ouvrages qui sont communiqués aux chercheurs restent en bon état, et il faut donc éviter une potentielle dégradation », explique Sylviane Tarsot-Gillery. Pour les documents du domaine public, la question ne se pose pas, puisque la photographie est autorisée. « Mais, côté pratique, les personnels ne peuvent pas non plus devenir la police des usagers. » 

 

L'utilisation strictement privée deviendra donc la seule contrainte à la prise de photographies. Et la bienséance, aussi : il est déjà arrivé qu'un lecteur se mette en tête de photographier toutes les pages d'un ouvrage... Certains documents resteront non-photographiables, conformément à la volonté des ayants droit (c'est par exemple le cas pour les numéros de L'Illustration) ou parce que leur état ne le permet pas.

 

Les chercheurs auront alors la possibilité de se tourner vers la BnF, et son service « méconnu » de numérisation, qui permet aux chercheurs d'obtenir des documents scannés par l'établissement.

 

La libéralisation intervient alors que la commission pour la copie privée a étendu la redevance aux smartphones et autres appareils photo, ce que beaucoup de lecteurs faisaient remarquer au moment de la signature du formulaire : la décision de la commission a été prise en 2012. En réservant les photographies au seul usage privé, la BnF reste dans le cadre légal. Le contrôle de l'usage des photographies, toutefois, ne relève pas de sa compétence.

 

Il restera toutefois interdit de réaliser des captures d'écran des documents présentés sur Gallica intra-muros.

 

Les règlements des différentes salles de lecture devront être modifiés par un passage en conseil d'administration, et l'entrée en vigueur est espérée pour le 7 septembre prochain.