La bonté américaine, ou la promotion au bout du fusil

Clément Solym - 18.06.2012

Edition - International - voyage - photographe - coup de feu


Jusqu'où seriez-vous prêts à aller pour assurer la promotion de votre livre ? Hmmm ? Les réseaux sociaux ? Logique. Le street marketing ? Normal. Mais penseriez-vous à écrire un ouvrage intitulé La bonté en Amérique (Kindness in America), et assurer que d'illustres inconnus vous ont tiré dessus, alors que vous vaquiez sur une route du Montana ? Pas mal, n'est-ce pas ?

 

C'est ce que Ray Dolin, photographe de 39 ans et auteur d'un bel ouvrage en cours de création a pourtant fait, explique le shérif du compté, Glen Meier. Ray était parti sur les routes américaines pour recueillir photos et témoignages, en vue de la création de ce livre. Avec une légère nuance : si le coup de feu est bien réel, la thèse des inconnus est un pur mensonge.

 

Et pas des moindres. « M. Dolin a fait une confession complète », rectifie le shérif, alors qu'un homme avait été arrêté, soupçonné du coup de feu, pour être libéré après que les accusations ont été abandonnées.

 

 

Montana

 Flickr Patrick Rasenberg

 

Dolin aura finalement avoué être à l'origine du coup de feu, et que l'histoire de la fusillade dans laquelle il s'était retrouvé n'était que pure imagination. Il manque encore l'arme qu'il a utilisée pour se tirer dessus, mais désormais, les autorités sont formelles : il s'agissait d'une tentative de promotion désespérée pour faire parler de son oeuvre et que son livre se vende. 

 

Surtout que la victime des bobards de Dolin a passé un mauvais moment. Maintenu en garde à vue, parce qu'il était sous l'influence de drogues - dont l'alcool - l'homme âgé de 52 ans donnait au shérif l'immersion de dire l'absolue vérité, rapporte l'AP.

 

Et pour cause : clament son innocence dans cette histoire, l'homme ne pouvait que la dire, la vérité. Et Dolin lui-même, après l'arrestation du pauvre hère, n'avait pas souhaité faire de commentaires, passant rapidement à un autre sujet, prétextant que l'enquête suivait son cours. Or, cette histoire de balle plus ou moins perdue, avait été l'occasion de vanter la gentillesse des habitants qui l'avaient secouru, alors qu'il s'était mis à voyager à travers le pays, pour travailler à cet ouvrage sur la bonté américaine.

 

« Mes deux grandes passions dans la vie sont les voyages et la photographie. Je crois que les voyages façonnent la vision du monde. Rencontrer d'autres cultures, d'autres personnes, des communautés différentes et d'autres pays, mais surtout découvrir la beauté du monde, tout cela m'a aidé à comprendre que toutes les vies sont connectées dans leur individualité », explique-t-il sur son site internet. 

 

Le livre, provisoirement mis en suspens, n'avait toujours pas trouvé d'éditeur… même avant l'incident.

 

Ray Dolin s'était donc tiré dans le bras, pour faire parler de lui. Il avait pourtant fait la une de plusieurs médias le 11 juin, en annonçant qu'il s'était fait tirer dessus. L'accusé avait été arrêté rapidement après la diffusion de l'information. « Il était assis en train de manger. Il pensait que le gars allait simplement lui proposer une course en stop, et alors qu'il s'est approché du véhicule, le gars a sorti son arme et lui a tiré dessus. C'est aussi simple que cela », rapportait alors le shérif Meier...