La campagne contre les stéréotypes des livres jeunesse gagne des soutiens

Antoine Oury - 18.03.2014

Edition - International - littérature jeunesse - stéréotypes - genres


La littérature jeunesse ne se sort plus des polémiques : alors qu'en France, on débattait autour d'ouvrages atypiques, proposant d'autres approches de la parentalité ou de l'apparence sociale, la Grande-Bretagne cherche de son côté à se débarrasser définitivement des stéréotypes dans ce domaine. Tricia Lowter a lancé la campagne Let Books Be Books, à présent largement soutenue.

 


girls with butterfly book

(Rick&Brenda Beerhorst, CC BY 2.0)

 

 

La campagne lancée par Tricia Lowter s'adresse à tout le secteur de l'édition jeunesse, alors que l'activiste n'en est pas à son coup d'essai : son site Let Toys Be Toys recense les magasins de jouets qui valorisent une approche différente des genres, et surtout des stéréotypes qui y sont attachés. La campagne Let Books Be Books a engrangé des signatures, jusqu'à 2000 pour sa première journée de mise en ligne.

 

Mais surtout, l'un des éditeurs visés, Usborne, a répondu en assurant qu'il accorderait une attention plus soutenue à ses publications, pour éviter les stéréotypes. Un autre éditeur sollicité, Buster Books, a clairement laissé entendre que ces stéréotypes confortaient les gens dans leurs achats, et qu'il était donc impossible pour lui de changer ses méthodes.

 

« Quand vous avez un livre de coloriage qui est spécifiquement dédié aux garçons ou aux filles, il se vend trois fois plus qu'un autre sans catégorisation sexuelle », a répondu Michael O'Mara, de chez Buster Books.  « Des tas de livres affreux se vendent sur Amazon, et lorsque quelqu'un cherche un cadeau à faire, il tape "cadeau pour garçon" et obtient une foule de résultats avec le mot « garçon » dedans. C'est l'une des raisons principales pour lesquelles les éditeurs placent garçon ou fille dans les titres. »

 

Des signatures, d'hommes et de femmes

 

Malgré tout, forte de son succès, la campagne a entre-temps gagné d'autres signatures : celle de la chaîne de librairies Waterstones, la plus importante en Grande-Bretagne, mais également d'auteurs jeunesse réputés, comme Malorie Blackman ou Philip Pullman.

 

Difficile de savoir quel sera l'engagement de Waterstones : dans le passé, 13 chaînes de jouet ont accepté de changer leur politique de vente, pour contourner les passages obligés pour les filles et les garçons. Un porte-parole de la chaîne a toutefois assuré qu'une présentation selon les genres féminin ou masculin dans un magasin de la chaîne serait retirée.

 

Une autre chaîne de librairies, WHSmith, notamment présente dans les aéroports britanniques, n'a de son côté pas fourni de garanties précises, mais souligné que les libraires en magasin étaient présents pour conseiller, justement, des parents désireux de s'affranchir des stéréotypes.

 

« Je suis contre toutes ces catégories, les classifications par âge, les codes couleur rose et bleu, qui ont pour effet de claquer la porte au nez d'enfants qui voudraient peut-être entrer », a déclaré Philip Pullman, auteur du cycle À la croisée des mondes. « Aucun éditeur ne devrait annoncer sur la couverture quels lecteurs vont aimer ce livre. Laissons les lecteurs choisir eux-mêmes. »

 

Au rayon des professionnels du livre, les critiques de The Independant se sont également engagés à ne plus chroniquer d'ouvrages jeunesse marqué par le sceau des stéréotypes, ou spécifiquement publié pour une certaine « classe » d'enfants. Dans son éditorial-tribune, la rédactrice en chef littérature, Katy Guest, a d'ailleurs tordu le coup aux arguments de Michael O'Mara, en citant le succès d'Hunger Games, avec son héroïne féminine et son traitement neutre des personnages, sur le plan des stéréotypes de genre.

 

L'organisme de charité Booktrust a également apporté son soutien à la campagne, en soulignant que « diviser les enfants en deux catégories de genres, avec leurs rôles stéréotypés, dès leur plus jeune âge, est restrictif ». Les créateurs de la campagne Let Books Be Books ont tenu à préciser leurs intentions : « Il ne s'agit pas de censurer les livres. Il s'agit de laisser les livres parler d'eux-mêmes, sans les marquer d'un label qui indique quel sera leur lecteur. »