La caricaturiste iranienne Atena Farghadani serait sur le point d'être libérée

Joséphine Leroy - 26.04.2016

Edition - International - Iran caricaturiste - Iran Mana Neyestani - Iran Atena Farghadani


L'artiste iranienne Atena Farghadani avait été condamnée l’année dernière à 12 ans puis 9 mois de prison pour avoir caricaturé des membres du Parlement iranien en les affublant de têtes de singes et de chèvres. La caricature avait été postée sur sa page Facebook, en signe de protestation contre une loi s’opposant à la stérilisation volontaire et restreignant l’accès à la contraception et aux services de planification familiale. 

 

 

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(Crethi Plethi /  CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

Arrêtée à deux reprises, une fois d’octobre à novembre 2014 et l’année dernière, la caricaturiste Atena Farghadani serait sur le point d'être libérée. Lors de son arrestation, l’interrogatoire qu’elle aurait subi aurait duré 10 heures, selon Amnesty International. L'association Cartoonists Rights Network International (CNRI) rapporte qu'elle avait dû se soumettre à un test de virginité. 

 

Lors du procès, elle avait été condamnée à 12 ans de prison et 9 mois de prison pour des motifs qui seraient risibles s’ils n’étaient pas la preuve que l’Iran conduit une politique liberticide, spécifiquement en matière de liberté de la presse. Les autorités iraniennes lui reprochaient les faits suivants : 

 

  • - « rassemblement et collusion en vue de nuire à la sûreté de l’État » 
  • - « diffusion de propagande contre le régime » 
  • - « insulte envers les membres du Parlement par le biais de peintures » 
  • - « outrage envers les fonctionnaires chargés de son interrogatoire » 
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Caricature d'Atena Farghadani sur sa page Facebook 

 

 

À l'époque, sa peine risquait d’être rallongée parce qu’elle avait osé serrer la main de son avocat, Mohammad Moghimi, alors que celui-ci lui rendait visite. Les autorités considéraient qu’il y avait là une « relation sexuelle illégitime » (apparenté à l’adultère) et une « conduite indécente ». Une pétition avait été lancée pour libérer la jeune artiste. 

 

CRNI avance que la libération est prévue pour le mois de mai, ce qui solderait sa peine de prison à 18 mois : « L’artiste/activiste Atena Farghadani a obtenu la réduction de peine au départ fixée à 12 ans, puis 9 mois […]. » Si c’est une nouvelle qu’il faut saluer, le sort réservé aux caricaturistes dans le pays est symptomatique d’un manque de liberté criant.

 

La caricature iranienne, curseur de la liberté dans le pays 

 

En mars 2016, un professeur aurait été arrêté pour avoir posté une caricature du Guide suprême, dessinée par le caricaturiste Mana Neyestani, actuellement en exil en France depuis les émeutes des Azéris, déclenchées par un de ses dessins en 2006. Le caricaturiste avait été expédié en prison avant de venir s’installer en France. 

 

En punissant et en ciblant la caricature iranienne, les autorités s’attendent à ce que la culture de la caricature s’amenuise et se fragilise. Seule est tolérée (encouragée ?) une caricature politiquement ambiguë. Pendant l’année 2006, un concours avait été organisé sur le thème de la Shoah. 

 

La situation en Iran pose problème : le pays se pare d'un sens de la modernité à l’international, notamment dans le contexte de la levée des sanctions économiques initiée par les États-Unis et l’Union européenne. À l’intérieur, en revanche, les autorités suivent une ligne très conservatrice, et semblent s'acharner sur les caricaturistes. 

 

(via Comics Beat)