La censure bloque les éditeurs iraniens

Clément Solym - 12.11.2010

Edition - Société - censeurs - titres - vente


 Le retard accumulé par les censeurs dans leurs processus bloque toute l'industrie du livre

Les faits sont dévoilés par le journaliste iranien Omid Nikfarjam pour McClatchy-Tribune News. Dans son essai, par la suite repris par le Kansas City Star, le journaliste développe le défi insurmontable qui s'impose aux éditeurs iraniens.

Ceux-ci seraient environ 7000, selon le gouvernement. Un nombre beaucoup trop élevé pour les censeurs, qui ne peuvent suivre le rythme. Même si seulement 1000 de ces éditeurs ne publiaient que 5 livres par an, cela ferait 5000 livres à examiner pour les offices de la censure iranienne.


Ainsi, certains éditeurs disent avoir eu jusqu'à 70 livres en attente d'examen sur les deux dernières années. 70 titres, c'est de quoi donner du travail pendant deux ans à un petit atelier d'impression . Les éditeurs se retrouvent donc avec des ouvrages qu'ils savent pouvoir promouvoir et vendre, et pour lesquels ils ont déjà effectué tout le travail préliminaire à la vente, voir même parfois imprimé des centaines de copies. Des ouvrages qui cependant attendent toujours d'être validés par l'organisation de censure du gouvernement.

La cerise sur le gâteau fut l'élection d’Ahmadinejad en 2005. Le nouveau président a en effet ordonné que tous les titres approuvés par l'ancienne administration soient revus, histoire de vérifier qu'ils étaient bien en conformité avec le noyau des valeurs islamiques que le nouveau gouvernement veut propager.

Les censeurs se retrouvent donc submergés entre le flot constant de nouveautés, et une montagne de titres déjà publiés, et qui seront peut-être bannis de la vente. Un travail insurmontable, et un retard qui peut détruire l'industrie. Imaginez les conséquences économiques pour une presse de taille moyenne qui apprend qu'elle doit jeter tous les exemplaires d'un livre déjà en vente, ou prévu pour.

Selon un auteur iranien, « ils veulent casser les éditeurs renommés, stopper le travail des écrivains et traducteurs, car ils considèrent cela comme un domaine corrompu, une marque de l'Occident ».

Il reste cependant de l'espoir, les éditeurs iraniens se montrant aussi déterminés à faire valoir leurs droits que leurs homologues occidentaux. L'un d'entre eux : « Aucun régime totalitaire n'a duré. Je suis dans l'industrie du livre depuis 50 ans, et je ne compte pas m'arrêter maintenant ». Quoi qu'il en soit, le système a au moins un avantage, c'est de créer du travail..