La censure surréaliste d'Apollinaire en Turquie mobilise les Français

Julien Helmlinger - 17.12.2013

Edition - Justice - Apollinaire - Editeur - Censure


Énième épisode de censure littéraire en Turquie, surréaliste à sa manière. L'éditeur Irfan Sanci et le traducteur Ismail Yerguz ont voulu publier des Exploits d'un jeune Don Juan attribués au poète Guillaume Apollinaire il y a plus d'un siècle, doivent répondre devant la justice d'accusation de corruption de la morale publique. Tandis que la législation reste des plus strictes en la matière dans le pays, et avait notamment frappé d'interdit les Onze mille verges en 1999, des écrivains et éditeurs français se mobilisent en faveur des accusés.

 

 

 

 

S'il subsistait quelques doutes quant à savoir si ce fut bien Apollinaire qui rédigea les Exploits d'un jeune Don Juan, l'ouvrage raconte l'éveil sexuel de Roger, un garçon de 16 ans et qui devient un objet de désir pour de nombreuses femmes et s'y prête bien volontiers. L'édition turque du livre, parue chez les éditions SEL, qui publient notamment George Orwell et William Burroughs, a conduit à la déposition d'une plainte dans un tribunal local dès son année de parution en 2009.

 

Si cette première plainte avait été rejetée, le livre ayant été jugé par des universitaires comme une véritable oeuvre littéraire, la censure allait frapper en août 2013 quand la Cour suprême de Turquie a annulé le verdict d'acquittement. Selon les juges, le titre manquait de valeur artistique et se voyait recaler pour ses « expressions vulgaires ordinaires, cherchant à susciter des désirs sexuels en représentant des relations déviantes, lesbiennes, contre nature, même liées aux animaux et grâce à l'utilisation d'enfants, et ce, dans un langage grossier ».

 

Un nouveau procès a donc été lancé contre l'éditeur et le traducteur. Tandis que les accusés risquent une peine d'emprisonnement de dix ans, la communauté française des professionnels du livre se mobilise. La Société des gens de lettres, l'association des traducteurs français et le SNE ont rédigé une lettre dénonçant le procès, à l'attention de l'Association des éditeurs turcs.

 

Par celle-ci ils rappellent qu'Apollinaire sert de support à l'apprentissage de la littérature dans les écoles à travers le monde, et appellent la Turquie à respecter la charte des Droits de l'homme. Une pétition a également été lancée en ligne pour soutenir l'éditeur et le traducteur de l'ouvrage. La prochaine audience devrait se tenir le 17 décembre, à Istanbul.