La chair du libraire contre le binaire de l'algorithme : l'Italie engagée

Nicolas Gary - 24.02.2015

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L'idée originale de la librairie All'Arco de la région Emilia, située entre Parme et Modène, a été lancée en octobre 2014. Un simple hashtag, depuis les réseaux, sociaux, pour démontrer qu'il existe une véritable alternative au cybermarchand. #altrocheAmazon, c'est une simple constatation : un libraire fait plus qu'un algorithme.

 

 

 

 

Si Google répond toujours aux questions qu'on lui pose, il est rare qu'un site marchand puisse retrouver un livre à partir de quelques détails fugaces. L'histoire d'une passion qui finit par un suicide, en Écosse... les éléments pour retrouver l'ouvrage sont minces, et aucun robot n'est en mesure d'y parvenir aussi efficacement qu'un libraire.

 

La valeur irremplaçable de la librairie contre la superpuissance de Jeff Bezos et de son arsenal d'optimisations fiscales sont pointés du doigt. 

 

 

 

Avec le temps, le hashtag a été repris, par d'autres libraires. Tout simplement pour signaler des événements, des signatures, des rencontres, ou encore des ateliers pour les enfants : tout ce que le monde virtuel ne peut pas reproduire avec la convivialité d'un lieu physique. La suite, c'est au lecteur de l'écrire : soit rester devant son écran pour suivre la vague de mots-clefs, soit sortir, et profiter de ce que les libraires italiens proposeront. 

 

Depuis octobre, des centaines d'occurrences de #altrocheAmazon se retrouvent : un terme d'un mois d'activité, une douzaine d'établissements avaient suivi le mouvement, et le hashtag se répandait comme une traînée de poudre. Facebook, Twitter, et même des réseaux plus exotiques reproduisent le mot, pour créer une chaîne globale. Alors que les établissements vivent une période qui devient de plus en plus complexe, ce mouvement d'échanges par réseaux interposés, finit par fédérer de plus en plus d'acteurs. 

 

 

 

Les remises pratiquées par la firme, facilitées par les déploiements fiscaux, empêchent les libraires de suivre, aussi doivent-ils se battre avec leurs atouts. « Le sourire que vous offrez quand quelqu'un entre, les conseils que vous donnez, notre expertise, les rencontres avec les auteurs », comptent parmi les forces mises en avant par le libraire. 

 

À mesure que les libraires du pays se sont impliqués, All'Arco salue l'investissement des confrères. « Ils représentent le meilleur de ce qu'il y a en Italie, et nous sommes fiers qu'ils soient à nos côtés dans cette initiative », assure le libraire. Face à la place qu'occupe Amazon, à la désertion des lecteurs – 60 % des Italiens n'avaient pas lu de livre au cours de l'année 2014 – la réaction par les réseaux sociaux veut incarner la librairie.