La chasse aux sans-abri provoque la colère d'un libraire de Belgique

Nicolas Gary - 27.04.2015

Edition - Société - chasse sans abri - urbanisme citoyens - SDF Belgique


Voilà un an, Londres découvrait des changements dans le paysage urbain. Des piques avaient poussé en ville, dans des espaces bien précis : on avait manifestement décidé de lutter contre la présence de sans-abri dans les rues. Et à force d'en chercher, on se rendait compte qu'il s'en trouvait un peu partout. 

 

 

Rapidement, les réseaux relayaient l'information, et le maire de Londres, Boris Johnson, dénonçait sur Twitter des choses « laides et stupides », demandant qu'on les fasse rapidement disparaître. 

 

 

 

Pas question de croire pour autant que seuls nos voisins insulaires avaient le privilège de ces mesures profondément humiliantes. En France, un documentaire de la chaîne Arte présentait le « mobilier anti-SDF » que l'on pouvait retrouver à Paris... en janvier 2010. Arnaud Elfort, artiste plasticien et membre du collectif "Survival group" avait parcouru la Ville Lumière, à la recherche de ces moyens destinés à empêcher les sans-abri de trouver une place pour dormir. 

 

Les méthodes varient et une certaine recherche esthétique tente d'estomper la fonction première : parfois des piques, certes, comme celles anti-pigeons, parfois des plots, plus insidieux. « Ça change quand même l'ambiance dans une société. La ville est beaucoup plus agressive, de fait », expliquait-il.

 

 

 

 

En Belgique, le supermarché Delhaize dans la ville d'Ixelles a choisi de déployer les mêmes méthodes : des plaques posées sur la vitrine empêchaient désormais les sans-abri de parvenir à s'installer. Mais les citoyens se rebiffent contre la chasse aux pauvres, et proposent, ce 29 avril, d'organiser une séance de démontage dans les règles. (via L'Autre info)

 

 

 

 

Le responsable de l'établissement réfute d'ailleurs cette chasse, et répond qu'il fallait bien trouver une solution contre les nuisances qu'occasionnent les sans-abri. Le bourgmestre lui-même défendait le choix des responsables, considérant que cet aménagement n'était probablement que temporaire. Et il fallait bien trouver une réponse, alors que des clients de l'établissement et son personnel se plaignaient désormais trop.

 

« La manifestation n'est a priori pas autorisée, mais je ne suis pas non plus fermé. Par contre, si des gens s'attaquent au bâtiment, on sera dans l'illégalité et cela se sanctionnera par des arrestations administratives et la rédaction de procès-verbaux », expliquait Willy Decourty, le maire. (via Sud Info)

 

C'est que le libraire de la ville, Ptyx, comme d'autres, n'accepte pas du tout ce principe. « Un pigeon, ça vit dehors, ça fait caca partout, ça vole de temps en temps, ça mange ce que ça trouve ou ce qu'on lui donne, c'est vecteur de plein de maladies, c'est pas toujours très propre sur soi, ça sent souvent pas très bon… Un pigeon, c'est un peu comme un SDF alcoolique polonais… C'est peut-être la comparaison qui fut à l'origine de la décision du Delhaize de Flagey à Bruxelles de bâtir des « chasse-pauvres » sur les pierres larges de son immense bâtiment », écrit-il sur son blog

 

C'est lui a déclenché l'idée de cette manifestation, le 29 avril, en invitant à faire preuve d'intelligence et d'humanité, là où l'établissement en manquerait. « En scindant celui-ci entre ceux qu'ils présentent comme des nuisibles et les autres censés les combattre, ces systèmes occultent la détresse des premiers – car, c'est bien sûr d'abord de détresse qu'il s'agit ! — et entretiennent les seconds dans une illusion éthérée : il n'y a pas de misère, puisqu'on ne la voit pas », écrit Emmanuel Requette, patron de l'établissement.

 

Vendredi, le bourgmestre avait convoqué dans son bureau l'impétrant libraire. « Je le rencontre cet après-midi, mais le moins que l'on puisse dire, c'est que sa position est étonnante pour un bourgmestre socialiste. » Dans tous les cas, le démontage est toujours d'actualité, « avec les riverains et ceux qui voudront s'impliquer », nous précise Emmanuel Requette.