La Chine libérerait quatre libraires de Hong Kong, pour bonne conduite

Clément Solym - 01.03.2016

Edition - International - Hong Kong - libraires éditeurs - Mighty Current Chine


Les libraires travaillant pour la maison d’édition de Hong Kong, Mighty Current, pourraient quitter la Chine cette semaine. Retenus sur le continent, ils seraient passés aux aveux et pour leur bon comportement, les autorités accepteraient de les libérer. Ils sont quatre, sur les cinq disparus l’an passé, à pouvoir regagner l’île, explique une source policière dans la presse. 

 

HONG KONG I (CITYSCAPE)
chi king, CC BY 2.0


 

Lui Por, Lam Wing-kee et Cheung Chi-ping seraient prochainement libérés pour avoir fait preuve d’une bonne conduite. Dans différentes vidéos, ils ont confessé leurs crimes : avoir passé clandestinement près de 4000 livres en Chine, distribués auprès de 380 lecteurs dans 28 provinces. Des ouvrages évidemment interdits dans le pays. 

 

Pour s’assurer de leur passage, les couvertures auraient été modifiées et les envois effectués depuis des services postaux, pour éviter les contrôles douaniers. Les hommes auraient par ailleurs bénéficié de soutiens sur place, pour favoriser la dispersion des livres. Ces derniers étaient d’ailleurs emballés spécifiquement, dans des sacs en nylon, pour tromper les machines à rayon X. 

 

Ces « activités illégales », condamnées par le pays auraient eu de sérieuses répercussions en Chine. Lam Wing-kee le confesse : « Je reconnais pleinement ma faute. Je suis prêt à être puni. » 

 

Lui Por explique qu’il avait connaissance de la dimension illégale, et aurait également revendiqué une dimension vénale à son entreprise. Et Gui Minhai, ressortissant suédois, admet que les parutions introduites en Chine n’étaient pas autorisées par les autorités. 

 

Les trois libraires auraient aussi accusé ouvertement Gui Minhai d’être le responsable de l’ensemble de ce trafic. Ce dernier pourrait regagner Hong Kong avec ses trois collaborateurs. Il a affirmé avoir ouvert les comptes bancaires qui ont servi aux paiements des livres, en Chine. « Parce que je fuyais mes crimes, je n’ai pas osé rentrer à la maison pour voir mes parents et remplir mes devoirs envers eux. L’idée de rentrer a traversé mon esprit plus d’une fois, mais je n’en ai pas eu le courage », explique-t-il.

 

Seul Lee Bo, détenteur d’un passeport britannique, est encore dans l’attente d’une décision. Il serait toujours sur le territoire chinois pour venir en aide aux forces de police dans le cadre d’une enquête. Lui-même aurait validé la culpabilité de Gui Minhai. Tous ces aveux sont intervenus à travers des vidéos diffusées au cours du week-end, où chacun des quatre acteurs a pu faire part de sa culpabilité pleinement reconnue.

 

En vertu des documents présentés par la police chinoise, les quatre hommes auraient la possibilité de revenir à Hong Kong. Lee Bo souhaiterait également renoncer à la citoyenneté britannique : il semble avoir connu une révélation faisant de lui un citoyen de Hong Kong, « un véritable citoyen chinois ». 

 

Sa citoyenneté n’aurait en réalité fait qu’envenimer la situation déjà complexe. Londres s’était en effet inquiétée de ce que l’un de ses ressortissants puisse être détenu contre son gré par la Chine, soulignant qu’il s’agissait là d’une violation grave de l’autonomie de HK.

 

Des propos confirmés par la police de HK qui serait parvenue à joindre Lee Bo. « Il a demandé que l’on cesse d’enquêter sur son cas, parce qu’il n’avait aucunement besoin de l’aide des autorités de la région administrative », poursuit un communiqué. 
 

 

 

Le Foreign Office du Royaume-Uni avait d’ailleurs confirmé que Lee Bo disposait d’un passeport britannique et exprime son inquiétude. « Nous avons demandé d’urgence à Hong Kong et aux autorités continentales une assistance pour s’assurer que l’individu est en bonne santé. »

 

Les disparitions des cinq hommes avaient provoqué une vague d’inquiétude à Hong Kong, qui se sentait menacée par le continent. Et les aveux, qui ressemblent à une série d’extorsions, continuent d’alimenter les craintes. 

 

Plusieurs organisations de défense des Droits de l’Homme s’est jointe celle des professionnels de l’édition, à travers le monde. L’American Booksellers Association (ABA), l’Association of American Publishers (AAP), l’Authors Guild (AG) et le PEN American Center (PEN) avaient diffusé un communiqué de presse, rejoints par la Fédération européenne et internationale des libraires et l’International Publishers Association (IPA). « L’enlèvement de ces hommes engagés dans la publication et la vente de livres serait une sérieuse violation de la liberté de la presse et aurait un effet néfaste sur la liberté d’expression à Hong Kong », signaient-elles.

 

Tous demandaient des explications : « Le gouvernement chinois n’a ni confirmé ni démenti que ces hommes se trouvent en Chine. Cependant, le Global Times, une publication du parti communiste, a récemment fait paraître un éditorial accusant Mighty Current Publishing “d’attiser les tensions sur le continent”. »


(via Hong Kong, Telegraph, Hong Kong FP)