La Chine maintient ses pressions sur l'industrie du livre de Hong Kong

Cécile Mazin - 27.01.2016

Edition - International - Hong Kong - Chine disparitions - libraires éditeurs


L’histoire des disparitions de libraires et d’éditeurs de Hong Kong devient délirante. Après qu’un des disparus a resurgi avec une vidéo de confessions étrangement bien orchestrée, et confirmée par une lettre signée d’un autre disparu, tout aussi providentielle, les informations se bousculent. Et chaque fois, la Chine semble jouer un rôle essentiel dans leur essaimage.

 

Umbrella Revolution -Hong Kong

流璃, CC BY 2.0

 

 

La disparition de Lee Bo, libraire travaillant pour une filiale de Mighty Current, avait alerté l’opinion internationale. Cinquième personne à quitter étrangement Hong Kong, il laissait planer de sérieux doutes sur le comportement du Parti communiste chinois. Le groupe d’édition s’était fait connaître avec des publications ciblant les dirigeants chinois, et l’idée que Beijing souhaite réduire au silence des éditeurs turbulents s’imposait progressivement.

 

La semaine passée, les autorités chinoises avaient confirmé que Lee Bo avait traversé la frontière chinoise, pour se rendre dans la province de Guangdong. Et son épouse a confirmé à la police avoir reçu un courrier, prétendument écrit par le mari disparu. Mieux : depuis, Choi Ka-Ping aurait rencontré son époux dans un hôtel chinois, au cours du week-end. Il était en bonne santé et plutôt souriant. Sa présence en Chine se justifiait alors, comme il l’expliquait dans sa lettre, par les besoins d’une enquête dans laquelle il était témoin. (via CNN)

 

Que la police de HK arrête... de s'intéresser à l'affaire

 

« J’espère que la police de Hong Kong ne va pas continuer à gaspiller des ressources policières sur mon cas. Il n’y a pas besoin de continuer à enquêter : je me suis rendu sur le continent pour coopérer volontairement à une enquête. Résoudre un problème prend un certain temps, elle m’implique personnellement ainsi que mes affaires », écrivait le libraire. 

 

Sauf que la police de HK ne s’en laisse pas conter : l’investigation se poursuivra malgré tout. Elle a d’ailleurs réclamé une assistance au département de la sécurité publique de Guangdong. Et quelques précisions : Lee Bo avait été vu pour la dernière fois sur le territoire hongkongais le 30 décembre. 

 

La rencontre avec son épouse ne rassure cependant personne : jusqu’à présent, les autorités chinoises ont toujours refusé d’apporter le moindre éclaircissement sur ce qui pouvait se passer. 

 

 Bao Pu, fondateur de New Century Press, explique que depuis des années, la Chine a fait tout son possible pour affaiblir les capacités éditoriales des sociétés basées à Hong Kong. « L’impact de cet incident n’est rien en regard de ce qui dure depuis les dix dernières années. Ils nous ont quasiment anéantis. » (via CS Monitor)

 

En effet, un éditeur de Hong Kong a décidé de suspendre la parution d'un livre critiquant le gouvernement chinois. Dans le même groupe spécialisé dans les livres politiques dissidents, The Mighty Current, cinq employés ont déjà disparu récemment. L'auteur Yu Jie a annoncé la semaine passée que sous la pression, son éditeur avait préféré annulé la sortie du livre. Ses explications étaient éloquentes.

 

« La difficulté de publier des livres politiques à Hong Kong est déjà sur le devant de la scène internationale. Les gens de l'industrie ressentent beaucoup de peur et de pression; ils veulent rester en dehors des conflits pour ne pas être les prochains à disparaître. J'ai reçu beaucoup d'appels d'amis et de famille qui ont tenté de m'en persuader. Pour toutes ces raisons, nous avons décidé de suspendre la publication de vos travaux. [...] Je vous demande sincèrement de comprendre. Nous avons publié China's Godfather, Xi Jinping, mais les circonstances ont changé, et je ne suis pas capable de faire face à ces énormes conséquences. »

 

Du côté d’Amnesty International, William Nee, chercheur basé en Chine, explique que les disparitions ont vraiment semé la peur dans la population de Hong Kong. Quant à la vidéo-confession diffusée, elle entraîne certainement plus de questions que de réponses, considèrent les organisations de défense des droits de l’Homme.