La cocaïne, la Ndrangheta et la Bulgarie : Saviano toujours en lutte

Nicolas Gary - 14.10.2014

Edition - International - Roberto Saviano - Italie mafia - livre série


Il avait écrit une histoire, en espérant faire prendre conscience de la réalité. Mais les provinces de Naples, trop encadrées par la mafia, n'ont finalement pas soutenu l'écrivain, qui aujourd'hui vit dans l'attente que la Camorra... ouvre son prochain livre ? Roberto Saviano, non sans un certain courage, a tenté de dénoncer les méthodes mafieuses, mais, à ce jour, son précédent ouvrage, Gomorra, est resté lettre morte. Ou presque.

 

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Marco Monetti, CC BY ND 2.0 

 

 

« Si l'Italie est une démocratie avec une mafia à l'intérieur, la Bulgarie est une mafia qui avait auparavant une démocratie. » Saviano frappe toujours fort. Pourtant, l'actualité de ce romancier en sursis, que ce soit en France, ou en Italie, se poursuit. Il va en effet de sortir aux éditions Gallimard Extra-pure, voyage dans l'économie de la cocaïne

Cette fois, il sort du cadre italien pour penser à l'échelle mondiale. D'où le crime tire-t-il sa force ? Comment l'économie mondiale a-t-elle surmonté la crise financière de 2008 ? Une seule et même réponse : grâce à l'argent de la cocaïne, le pétrole blanc. Pour le comprendre, Extra pure nous convie à un voyage du Mexique à la Russie, de la Colombie au Nigeria, en passant par les États-Unis, l'Espagne, la France et, bien sûr, l'Italie de la Ndrangheta calabraise. Au fil de cette exploration, l'auteur raconte avec une puissance épique inégalée ce que sont les clans criminels partout dans le monde. Et il va plus loin encore, car c'est tout le fonctionnement de l'économie qu'il démonte impitoyablement.

 

Il sera d'ailleurs présent à la Hune, pour présenter le livre. Quelque part entre essai, roman et récit autobiographique, le livre retrace un parcours désormais solitaire, pour un homme à qui reste seulement la lutte contre la mafia. La protection policière qui encadre chacun de ses pas aujourd'hui

 

De l'autre côté des Alpes, d'ailleurs, Saviano a été sollicité par la télévision bulgare, et ses révélations sur le trafic de cocaïne n'ont pas manqué leur cible. Italie et Bulgarie sont deux pays, explique-t-il, qui ont hérité d'une longue tradition criminelle. « La Bulgarie communiste vendait l'héroïne comme une forme de stratégie d'empoisonnement de l'Occident », assure-t-il. (via Bulgaria Oggi)

 

 

 

Et aujourd'hui, la mafia calabraise, la Ndrangheta, puise beaucoup de ses ressources de la Bulgarie, justement. Depuis quelques années, précise Saviano, on a sous-estimé largement les ramifications criminelles, qui remontent à plusieurs dizaines d'années. Plus jeune, Saviano travaillait sur les ports, et a pu assister au passage des livraisons douteuses. Ce commerce s'est installé parce que les mafias bulgares ont investi de fortes sommes dans la cocaïne, afin de pouvoir la vendre à des prix inférieurs à ceux pratiqués par les trafiquants d'Amérique du Sud.

 

La diffusion de cette interview s'est déroulée le 11 octobre sur Nova TV, mais on peut encore retrouver quelques extraits vidéo. 

 

 

 

En attendant de nouvelles révélations, le roman ZeroZeroZero, le titre original du livre que publie Gallimard, fera l'objet d'une adaptation dans un format de huit épisodes de 52 minutes. 

 

Au centre du récit, on retrouve l'empire mondial de la cocaïne, et les équilibres qui se sont créés entre organisations criminelles. Les cartels mexicains qui gèrent la production, les mafias qui achètent et revendent, les les hommes d'affaires, les banques – jusqu'à celle du Vatican – qui voient transiter d'immenses sommes d'argent. Parcourant le monde, pour suivre la trace blanche, ce sont les clans mafieux qui sont décrits, décortiqués.

 

La série sera réalisée par Stefano Sollima, et coproduite par Riccardo Tozzi, avec un tournage en anglais. On y retrouvera la même équipe que pour le film Gomorra.  

 

Dernièrement, Saviano a encore interpellé le gouvernement de Matteo Renzi, en lui suggérant de se déplacer à Naples pour voir l'étendue des dégâts que provoque la mafia. Mais également dans d'autres villes du Sud. Commentant le classement des villes italiennes les plus soumises à la criminalité. Mais surtout, que les politiques prennent des mesures qui soient efficientes et ne traitent pas superficiellement de ce qu'il se passe.