La complexité de l'homme : apaiser les tensions

Fnac - 22.04.2016

Edition - Société - selection livres - lectures week end - tranquillité calme


Réfléchir à travers des essais, des témoignages attestant de la complexité de l’homme, c’est se donner du bon sens et mieux vivre son quotidien, en relativisant. Car parfois quand les malheurs s’accumulent dans notre quotidien, quand la chance nous fuit, il faut savoir poser des mots sur des pensées afin d’apaiser les tensions. Et en cette fin de semaine, c’est à travers cette sélection que la Fnac et ActuaLitté vous offrent de prendre de la hauteur.

 

 

Antispéciste

 

« L’antispécisme milite pour l’intégration de tous les êtres vivants sensibles dans une même famille de considération morale. Vu sous un autre angle, cela signifie que l’antispécisme revendique l’appartenance de l’espèce humaine à une communauté beaucoup plus large qu’elle-même, celle des animaux. Il s’agit de notre communauté d’origine, dont nous ne sommes jamais sortis, malgré nos tentatives désespérées pour le faire croire et l’obstination à renier nos origines. Nous ne sommes que les jeunes visiteurs d’un zoo égaré au milieu de nulle part. »

 

Antispéciste explore la génétique, la cosmologie, l’éthologie, le droit et la philosophie pour expliquer pourquoi nous sommes tenus aujourd’hui d’accorder certains droits élémentaires aux animaux non humains sensibles. Mais cette extension de notre sphère de considération morale s’inscrit dans une réflexion beaucoup plus large. En invitant à repenser le vivant et la place de l’homme dans l’univers, Antispéciste décrypte les raisons de l’échec de l’écologie politique traditionnelle et propose un nouveau projet nommé l’écologie essentielle, qui doit aboutir à une réforme constitutionnelle pour prendre en compte la valeur intrinsèque de tous les êtres vivants. Antispéciste pose également des questions inédites : qui sont les animalosceptiques ? Pourquoi l’antispécisme est-il un combat social ?

 

Pourquoi Superman est-il un superhéros antispéciste ? Pourquoi le vrai but de l’écologie est-il en réalité de faire sortir l’homme de la nature ? Qu’est-ce que la réduction de l’empreinte négative ? Pourquoi les éleveurs ont-ils intérêt à rejoindre les antispécistes ? Antispéciste est un appel au soulèvement des consciences. Un appel à la révolte individuelle. Un appel à un nouvel humanisme. Aymeric Caron est journaliste et écrivain. Il est l’auteur d’Envoyé Spécial (2003), No Steak (2013) et Incorrect (2014). Il invite à une nouvelle réflexion sur la nature et les droits des animaux.

 

 

Les putes voilées n'iront jamais au paradis

 

« De longs après midis désoeuvrés ponctués de pistaches sous la voûte d’un bleu brûlant. Des passants aux aguets surveillent jalousement les tchadors noirs qui s’ouvrent furtivement. Indice de Pute. Tchador clignotant !»
On apprend, avec étonnement, que l’Iran des mollahs est rempli de prostituées : sous le voile. Téhéran, Ispaphan… Mashhad, ville religieuse, haut lieu du pèlerinage chiite. Il existe même des putes halal !
Pourtant la charia iranienne condamne prostituées et homosexuels à la peine de mort car leur « sang est sans valeur». Au nom de cette loi islamique, des assassins décident de tuer « des saletés de femmes dépravées qui répandent le Mal », car le gouvernement ne les éradique pas, même s’il en pend nombre d’entre elles.
Tout en suivant le destin de deux amies, séparées dès l’âge de douze ans, nous sommes interpellés par la voix des femmes assassinées. Témoignages d’outre-tombe. Silhouettes « séduisantes, sensuelles, mutines, courageuses. Foutrement irrespectueuses. Politiquement incorrectes… » Le ton, la parole, le visage de ces femmes les distinguent : elles nous surprennent par leur intelligence, nous bouleversent par leur histoire. Certaines, provocantes, éveillent en nous le désir. D’autres, fantasques, nous défient par leur humour noir. Elles nous dévoilent comment la pudibonderie criminelle de ceux qui inculquent la haine du plaisir, la haine du corps féminin et de la femme qui désire, a fait de tout un pays une prison islamique.
Ce roman documentaire, parfois cru, puissant à couper le souffle, est construit savamment : chaque personnage – homme, femme, mollah, assassin, libertaire, prostituée –, questionne, à son tour, les notions du Bien et du Mal. Le lecteur sera amené à le faire aussi. Les femmes dans ce roman sont si vivantes qu’on dirait qu’elles sortent du livre pour rester à jamais dans notre mémoire. »

 

 

Mémoire de fille

 

"J’ai voulu l’oublier cette fille. L’oublier vraiment, c’est-à-dire ne plus avoir envie d’écrire sur elle. Ne plus penser que je dois écrire sur elle, son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil, sa faim et son sang tari. Je n’y suis jamais parvenue." Dans Mémoire de fille, Annie Ernaux replonge dans l’été 1958, celui de sa première nuit avec un homme, à la colonie de S. dans l’Orne. Nuit dont l’onde de choc s’est propagée violemment dans son corps et sur son existence durant deux années. S’appuyant sur des images indélébiles de sa mémoire, des photos et des lettres écrites à ses amies, elle interroge cette fille qu’elle a été dans un va-et-vient implacable entre hier et aujourd'hui.

 

 

La sagesse de l'argent

 

On associe généralement l’argent avec la cupidité et les passions viles. Et s’il fallait inverser la proposition, chercher une sagesse dans l’argent ? Il serait peut-être temps de réfléchir à sa signification, à son usage, et de quitter les attitudes convenues de l’adoration et de la réprobation. Aimer l’argent, trop ; le haïr, pas assez. Y penser, toujours. Le penser ? Jamais.
Trois mythologies sont ici remises en cause: qu’il serait le maître du monde, et peut-être malgré nous, ou bien avec les autres ; qu’il ferait le malheur de ceux qui en disposent ; qu’il serait incompatible avec une vie amoureuse réussie.
Enfin Pascal Bruckner aborde le rapport entre les fortunés et les démunis, qui semble traverser notre temps et notre monde : faut-il condamner la richesse a priori ou la responsabiliser, en faire une charge pour ceux qui en sont pourvus ? Enfin, n’est-il pas temps de réhabiliter la bourgeoisie, cette classe maudite depuis deux siècles mais qui avait gardé au moins le souci du monde ? Si la sagesse ne consiste pas à penser cela même qui paraît à tous le symbole de la folie, à quoi bon la philosophie ?

Un essai magistral, qui traverse tous les sujets : le travail, la religion, l’avarice, le désir, la mort, le capitalisme, la psychanalyse, la littérature. Un point de vue rare, provocant et apaisé : ni haine ni passion pour l’argent. Important lancement polémique à prévoir.