“La Corée du Nord pourrait intégrer l'Union des éditeurs” (Richard Charkin)

Antoine Oury - 19.10.2016

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Richard Charkin, président de l'Union internationale des éditeurs (UIE, International Publishers Association) et directeur exécutif de Bloomsbury, est intervenu à la Foire du Livre de Francfort pour faire le point sur la liberté de publier dans le monde et répondre à quelques polémiques. – De notre envoyé à Francfort.

 

Richard Charkin (Bloomsbury, IPA)

Richard Charkin à la Foire du Livre de Francfort (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

L'Union internationale des éditeurs rassemble les organisations nationales d'éditeurs, pas les pays ni leurs régimes politiques, et c'est le premier point sur lequel le président de l'UIE insistera : l'année dernière, la Chine, notamment, avait fait son entrée au sein de l'association, tandis que l'Arabie saoudite obtenait le statut de membre à part entière. Des choix polémiques, pour un président entré en fonction en janvier 2015.

 

Mais Richard Charkin campe sur ses positions : « Je pense que l'inclusion est plus bénéfique que l'exclusion, et je ne soutiens aucune forme d'apartheid : cela serait-il plus bénéfique de n'avoir aucun contact avec ces pays ? », interroge le président de l'IPA. Interrogé sur la scène du magazine Publishing Perspectives, Charkin va même plus loin.

 

Bien sûr, l'entrée dans l'IPA donne une forme de légitimité au pays, et, par contamination, à son gouvernement, mais « le Royaume-Uni en fait partie, et nous avons commis l'une des plus stupides choses à faire avec le Brexit ». Ainsi, « si la Corée du Nord disposait d'une association nationale d'éditeurs, elle pourrait intégrer l'UIE ».

 

La liberté de publier n'est pas un paillasson

 

Pour autant, le président de l'IPA ne pratique pas outre mesure l'angélisme : la situation de la Turquie, où le gouvernement du président Erdogan se livre à une purge politique sous couvert de lutte contre le terrorisme, et celle de la Chine, qui exerce avec une fermeté inédite des pressions sur Hong Kong, le préoccupent particulièrement.

 

Une autre polémique, plus récente, concernait l'élection de la capitale mondiale du livre par l'UNESCO : Athènes a été choisie pour l'année 2018, mais dans des conditions un peu particulières. Chaque année, UIE, IFLA, Fédération Internationale des Associations et Institutions de Bibliothèques, et EIBF, Fédération européenne et internationale des libraires, participent avec l'UNESCO à l'examen des candidatures.

 

Mais l'EIBF a cette année annoncé son départ du comité de sélection suite à la redéfinition des critères d'évaluation, au nombre de 5. « Parmi ceux-ci, on trouve notamment le soutien aux bibliothèques, le niveau d'alphabétisation et la liberté d'expression », précise Richard Charkin. « L'EIBF souhaitait que la liberté d'expression soit un critère décisif et incontournable, mais l'UNESCO en a décidé autrement, et je n'ai rien à ajouter sur cette question », conclut le président.

 

L'Union internationale des éditeurs reste également vigilante sur la défense du copyright, qui reste « la garantie de la liberté de publier » selon son président. Richard Charkin ne cache par ailleurs pas son scepticisme vis-à-vis de l'open access et de la gratuité de l'information : « Quand l'information est gratuite, il y a peu de liberté dans celle-ci » souligne-t-il en rappelant les journaux distribués gratuitement dans l'ancienne Union soviétique.

 

L'autopublication, lorsque l'on évoque la liberté d'expression, apparaît souvent comme la panacée : Richard Charkin n'en est pas si sûr, étant donné le poids de l'autocensure. Et, surtout, celui des distributeurs : « Je pense que nous devons garder un oeil sur les canaux de distribution, qui changent les conditions d'exercice de notre métier. » Les cas de retrait de contenus sur Facebook ou sur Apple ne manquent pas pour illustrer ses propos.