La Corée du sud boycotte les produits japonais, dont les livres

Nicolas Gary - 05.08.2019

Edition - International - Corée Sud Japon - colonialisme histoire - histoire asie


Les relations entre Chine et États-Unis virent au conflit ouvert : Trump a décidé d’une taxe appliquée sur les importations chinoises. Mais deux autres pays sont également en conflit économique affiché, le Japon et la Corée du Sud. Les produits culturels du premier, boycottés par le second, révèlent un profond différend politique.

South Korea - Seoul
Pedro Cambra, CC BY 2.0
 

Les dirigeants de Corée du Sud et du Japon ne passeront pas leurs vacances ensemble. Depuis des décennies, les relations n’avaient pas été aussi crispées, au point d’inquiéter plusieurs capitales mondiales. 
 

Déclenchement des hostilités


Le 1er juillet, le Japon a annoncé qu’il imposerait des restrictions commerciales sur l’exportation vers la Corée du Sud. Une décision qui suivait une accusation directe portée par Tokyo : Séoul ne respecterait pas les sanctions imposées à la Corée du Nord. 

En réponse, et très rapidement, les Corées ont décidé de boycotter les produits japonais : bière, nourriture, y compris des stations-service qui auraient refusé de faire le plein pour des véhicules japonais. Une clinique de chirurgie plastique offre même des remises pour toute personne qui justifie l’annulation d’un voyage au Japon…

La situation n’a fait que s’envenimer, lorsque le Japon a retiré officiellement de sa liste blanche — celle des partenaires commerciaux privilégiés — la Corée du Sud. Shinzo Abe, Premier ministre japonais, s’était pourtant vanté d’être un partisan de la première heure du libre échange. 
 
Le président sud-coréen, Moon Jae-in, a condamné cette action, qui ne prend effet que le 28 août : « Si le Japon nuit intentionnellement à notre économie, il devra en payer les conséquences. Nous ne perdrons plus jamais face au Japon. »
 

Les biens culturels, victimes du boycott


Alors que les investisseurs commencent à trembler, le mouvement de boycott des Sud-Coréens s’est intensifié, et les produits culturels, films, mangas ou encore animes sont désormais ciblés. Des comportements qui n’émanent pas de consignes officielles, mais le gouvernement a assuré qu’il prendrait des contre-mesures pour réagir. 

Dernière victime de cette guerre froide, le livre Doraemon, dont la publication a été reportée à une date ultérieure. L’histoire du robot chat et de son acolyte humain, Nobita, vient de subir les foudres des consommateurs coréens. Il s’agit autant du film qui devait sortir que de l’ensemble des produits dérivés qui accompagnent la commercialisation des œuvres culturelles. 

Les cinéphiles du pays ayant appelé sur les sites dédiés à boycotter les productions japonaises, Doraemon — franchise de plusieurs milliards d’euros — s’est vu s’abattre une colère noire. Pourtant, en 2015, Stand by Me Doraemon, il était devenu le premier film japonais à sortir en Chine après trois années de réchauffement des relations entre Tokyo et Beijing. 
 

Les éditeurs inquiets, annulent parutions et tournées


Selon l’agence de presse Yonhap (Corée), le boycott a frappé plusieurs autres films d’animation, dont les distributeurs ont préféré différer la sortie sine die. 

La maison d’édition Eunhaeng-namu a également décidé de suspendre la commercialisation du dernier livre de Hideo Okuda, écrivain japonais, dont le précédent ouvrage avait réalisé plus d’un million d’exemplaires de ventes en Corée du Sud. De même, la maison Gimmyoung avait prévu de faire venir Masashi Matsuie pour une tournée en août, mais en regard de la situation, les plans vont changer. 

Depuis la Seconde Guerre mondiale, les deux pays sont à couteaux tirés : au cœur de la discorde, l’occupation coloniale de la péninsule coréenne par le Japon, qui avait débuté avant la guerre. À cette époque, des crimes nombreux ont été autorisés au prétexte de cette mainmise — travail forcé, agression et esclavage sexuel. La crise diplomatique s’est définitivement cristallisée quand le Japon a menacé, la semaine passée, de ralentir les exportations de matériaux pourtant essentiels aux industries sud-coréennes.


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