“La Côte d'Ivoire, une porte d'entrée pour l'édition française en Afrique francophone”

Nicolas Gary - 13.06.2017

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« La Côte d’Ivoire représente une porte d’entrée pour les éditeurs français, dans l’Afrique subsaharienne et francophone », assure Pierre Dutilleul, directeur général du SNE. Le 5 juin dernier, une convention de partenariat était signée entre le ministère de la Culture de Côte d’Ivoire et le Syndicat national de l’édition. Avec à la clef, 15.000 livres offerts sur trois ans.



Vincent Montagne, président du SNE et Maurice Bandaman, ministre de la Culture
 

 

Si la convention n’a pas été rendue publique, nombre de ses détails restent définir. Impliquant la société Electre, base de données bibliographique française, le SNE et le ministère de la Culture, elle articule un don annuel de 5000 livres. « Electre fournira les livres, mais il faut l’autorisation de leurs éditeurs, ce qui justifier la présence du Syndicat, qui représente les éditeurs membres », précise Pierre Dutilleul à ActuaLitté. 

 

5000 livres annuellement, un chiffre avant tout symbolique, et qui découlera d’un engagement des maisons françaises. « L’objectif est d’alimenter les bibliothèques nationales ivoiriennes et, pour ce faire, les éditeurs choisiront les titres qui seront retenus. Ce n’est pas un envoi en vrac : une liste des ouvrages proposés sera fournie, reposant sur les choix effectués. » Un opt-in, en quelque sorte...

 

Les ouvrages qui composeront la liste découlent des titres que la société Electre reçoit, des maisons, pour l’enrichissement de sa base de données. « Une fois intégrés, les livres n’ont pas d’utilisation précise, et sont destinés au pilon – donc à la destruction. Ce don leur donnera une nouvelle vie. » Bien entendu, si des éditeurs non adhérents du SNE, mais dont les livres sont envoyés à Electre, souhaitent prendre part à l’opération, « ils seront bien accueillis ».

 

À cette heure, la répartition des livres entre les établissements ivoiriens n’est pas arrêtée, pas plus que l’implication des bibliothèques elles-mêmes. Tout se déroulera sous l’égide et la responsabilité du ministère et du directeur du livre. De même, si les autorités ont exprimé le désir d’un choix porté sur la fiction et la jeunesse, la liste devrait aussi comprendre de la bande dessinée, « un marché qui se développe dans le pays ». 
 

Le livre et la lecture, pour rapprocher la France et la Côte d'Ivoire

 

Du côté des acteurs locaux, libraires, éditeurs ou auteurs semblent accueillir avec enthousiasme cette coopération. « Il faut noter que l’on procède majoritairement au don de livres pour alimenter les bibliothèques nationales », indique Pierre Dutilleul. Une étude est par ailleurs en cours auprès du lectorat ivoirien pour mieux définir les attentes et besoins – et réaliser une sélection plus judicieuse encore.


Dans le même temps, le SNE a obtenu des garanties auprès des professionnels ivoiriens que « cet accord n’aurait pas de conséquences économiques. Il est primordial que l’on ne perturbe pas la chaîne du livre en Côte d’Ivoire. Mais l’Association des éditeurs est partie prenante, de même que les représentants d’auteurs et de libraires, qui sont impliqués ». Un point essentiel, « dont nous sommes d’autant plus assurés que cette demande émane du gouvernement ».

 

L’occasion de noter l’implication du ministre, Maurice Bandaman, dans la politique du livre et de la lecture. « Il se montre très sensible aux questions culturelles et éducatives. La Côte d’Ivoire représente une porte d’entrée pour les éditeurs français, dans l’Afrique subsaharienne et francophone. Cet accord nous permettra de multiplier les échanges entre professionnels à l’avenir. Cela nécessite un temps d’apprentissage et de compréhension mutuelle », note le directeur général. 

 

Depuis les rencontres au Salon du livre de Paris, les échanges entre le SNE et Maurice Bandaman se sont multipliés. « Favoriser la lecture est devenu prioritaire pour lui. Sa présence lors de Livre Paris nous a permis d’approfondir les échanges avec des éditeurs d’autres pays africains, qui souhaitent réitérer leur présence. » D’ailleurs, le ministre de la Culture ivoirien aurait augmenté son enveloppe pour l’édition 2018. 

 

À l’avenir, le projet d’un centre national du livre est en cours d’élaboration, et le CNL prendra, depuis la France, le relais dans l’idée où ce projet se concrétise. « Le gouvernement exprimait aussi le désir que les Petits champions de la lecture puissent être organisés en Côte d’Ivoire. » Quant au Pavillon de France, « aucun modèle n’a été arrêté, et aucun engagement n’est pris sur les modalités ».

 

Dans tous les cas, les États-Unis seront le pays invité d’honneur au Salon international du livre d’Abidjan pour l’année prochaine. « Nous avions préparé notre visite avec le BIEF, nous continuerons d’échanger avec eux sur le meilleur moyen de marquer la présence de l’édition française pour le SILA 2018. Et de toute manière, nous ne pouvons pas décider de façon unilatérale : les éditeurs seront consultés. »