La Cour suprême de l'Inde refuse la censure d'un livre

Antoine Oury - 02.08.2018

Edition - International - Cour suprême Inde - inde censure livre - inde versets sataniques


La Cour suprême indienne a rendu un avis refusant la censure d'un livre, soulignant par ailleurs qu'une telle réaction face à un ouvrage menaçait la libre circulation des idées. Une précision notable, dans un pays où Les Versets sataniques de Salman Rushdie et d'autres livres sont toujours interdits de publication. Difficile de prédire, toutefois, l'impact de cet avis de la Cour suprême.


Second hand books
(Konrad Förstner, CC BY 2.0)


 

Pour son nouveau livre, Meesha, l'écrivain indien S. Hareesh avait choisi une publication périodique dans le journal Mathrubhumi, particulièrement diffusé dans l'État du Kerala, en Inde. Après 5 années de travail sur ce livre, son troisième, mais premier roman, Hareesh a finalement dû renoncer à sa publication. « J'ai décidé de retirer mon livre après les menaces et les attaques contre ma famille et moi-même », a expliqué l'écrivain à la chaine Mathrubhumi News.

 

En effet, la publication en feuilleton de Meesha a provoqué la colère de plusieurs groupes d'extrême droite du pays, qui affirment que plusieurs passages du livre « ridiculisaient les femmes hindoues qui se rendaient au temple », mais aussi que plusieurs commentaires sur des prêtres brahmanes insultaient leur caste, une des plus élevées de la société indienne et qui représente 6 % de la population de l'Inde.

 

« Je suis trop faible pour me battre contre les gens qui dirigent ce pays », avait précisé l'écrivain en réponse aux critiques adressées à son livre. En effet, le président actuel de l'Inde, Ram Nath Kovind, et plus encore son Premier ministre, Narendra Modi, sont des figures classées à droite de l'échiquier politique, voire à l'extrême droite en raison de leur passé politique au sein du Bharatiya Janata Party, parti nationaliste hindou.

 

Passage devant la Cour suprême
 

Une pétition, initiée par N. Radhakrishnan, a été présentée mercredi devant la Cour suprême de l'Inde pour obtenir la censure du livre ou en tout cas des passages incriminés par les groupes d'extrême droite. « La publication susmentionnée a provoqué des protestations et des agitations publiques à travers le pays, en particulier dans l'État du Kerala puisque que l'histoire a été publiée en malayalam [langue indienne parlée dans l'État du Kerala, NdR] », explique la pétition.

 

« Après la publication du récit, des femmes hindoues se rendant aux temples ont été ridiculisées et mises dans l'embarras sur diverses plateformes de réseaux sociaux. Les trolls, qui sont apparus et ont sévi sur les médias sociaux, ont causé une profonde douleur et une profonde angoisse aux croyants hindous qui se rendaient au temple », assure encore le texte, défendu par l'avocate Usha Nandhini. La pétition réclamait des mesures du gouvernement, et notamment de l'État du Kerala, dont le ministre Pinarayi Vijayan avait publiquement manifesté son soutien à l'auteur de Meesha. La pétition assurait que, sans censure du roman, « un retour de flammes comme “Charlie Hebdo” aurait lieu ».

 

La Cour suprême, ce jeudi, s'est prononcée contre la censure du livre : « Vous accordez trop d'importance à ce genre de déclarations. À l'heure d'Internet, c'est vous qui faites de ceci une problématique. Mieux vaut oublier cette pétition », a déclaré un juge de la Cour suprême. Le gouvernement central de l'Inde comme celui du Kerala s'étaient prononcés en défaveur d'une censure du roman, au nom de la liberté d'expression.

 

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Les auteurs de la pétition ont cité les cas des Versets sataniques, de Salman Rushdie, et de The Polyester Prince, une biographie non autorisée de Dhirubhai Ambani signée par Hamish McDonald, deux livres interdits en Inde. « On ne peut pas systématiser le fait d'interdire tel titre parce que tel autre est interdit », a indiqué la Cour sans se prononcer, bien sûr, sur la censure des autres ouvrages.

 

L'éditeur DC Books avait déclaré, le 1er août dernier, qu'il publierait l'intégralité du roman de S. Hareesh.


via The Indian Express, The News Minute




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