"L'Italie a besoin d'une législation sérieuse comme la loi Lang en France"

Nicolas Gary - 15.05.2014

Edition - Librairies - Italie - monopole - crise économique


Exclusif : La semaine passée, Amazon annonçait la signature d'un contrat avec la chaîne de librairies Giunti al Punto. Le Kindle allait se retrouver vendu dans 170 établissements de vente, et dans le même temps, les clients du libraire pourront bénéficier de l'offre numérique du cybermarchand. Une nouvelle retentissante en Italie, alors que le Salon du livre de Turin battait son plein. 

 

 

Colosseum / Colosseo / Coliseum

Bert Kaufmann, CC BY SA 2.0, sur Flickr

 

 

Sollicitée par ActuaLitté, Cristina Giussani, président du Sindacato Italiano Librai, le syndicat de la librairie italien, a accepté de répondre à quelque questions sur le marché du livre, et l'incidence que pourrait avoir la signature de ce partenariat - tant dans l'édition, que pour les autres librairies, mais également dans le développement de l'offre numérique. 

 

« Selon notre point de vue, en Italie, le problème, pour l'instant, ne vient pas de la vente des e-books et donc nous n'avons pas un grand souci par rapport aux Kindles ou Kobos », nous précise-t-elle. Rappelons qu'en octobre 2012, le groupe Mondadori signait en effet avec le Canadien Kobo, sur la base d'un partenariat similaire à celui lancé par Amazon avec Giunti. 

 

« Il faut constater qu'en Italie, les trois quarts des groupes se partagent la majorité du marché et Giunti est parmi ceux-là. Comme Mondadori ou Feltrinelli ou Longanesi, Giunti est éditeur, possède une chaîne de librairie et il est distributeur. Nous ne sommes donc pas du tout étonnés qu'ils aient fait un accord avec Amazon pour la vente du Kindle ».

 

Les véritables préoccupations de la chaîne du livre, ce sont les chiffres de vente, dévoilés cette année encore par Nielsen, peu avant le Salon de Turin : l'Associazione italiana degli editori (AIE) annonçait un recul de 2,3 millions d'ouvrages de moins achetés en 2013. Pour l'année passée, le marché encaissait une perte de 6,2 % en valeur et 2,3 % sur le nombre de titres, ce qui amène les professionnels à parler d'une véritable crise. 

 

Lutter contre le monopole et rétablir la concurrence 

 

Cristina Giussani  précise : « Vous avez sûrement découvert les données des ventes en Italie entre 2011 et 2013 : achat de livres en papier -16%, alors que l'ebook se place autour du 2% des achats au total. Et cela ne bouge pas trop. Les vraies raisons de cette chute, c'est la crise dramatique qui persiste en Italie et le manque d'une législation sérieuse comme vous avez en France avec la loi Lang. Ce dernier point est très important, car il a permis à Amazon de débarquer in Italie avec des ventes avec prix réduit, qui créé une concurrence difficile à soutenir par les libraires indépendants. »

 

À l'occasion de Turin, justement, la présidente a eu l'occasion de rencontrer le président du Syndicat de la librairie française, Matthieu de Montchalin. « Je me suis dit qu'il faudrait vraiment collaborer au niveau européen pour trouver des solutions communes contre Amazon. »

 

Il faudrait aussi intervenir contre « les formes de ventes soit issues d'un monopole, soit avec une concurrence difficile à combattre. Nous envisageons d'organiser un séminaire en automne en invitant les libraires français, allemands et anglais, pour comparer nos systèmes de vente et trouver des voies de collaboration. »

 

« Dans le même temps, je crois aussi que les libraires italiens doivent accepter la modernité et, au lieu de nous battre pour « éliminer » les livres numériques et les ventes réalisées sur internet (loyales, bien entendu), nous devons apprendre à utiliser les moyens électroniques pour communiquer de mieux en mieux avec nos lecteurs et le reste du monde ! »