La crise, un passage obligé de notre modèle socio-économique ?

Victor De Sepausy - 23.03.2013

Edition - crise - philosophes - salon


La Salon du Livre de Paris 2013 ne pouvait pas faire l'impasse sur la crise, mot-clef de ces dernières années. Ce mot se retrouve d'ailleurs au centre de nombreuses publications, à commencer par celle des deux philosophes Myriam Revault d'Allonnes et Pierre Musso, appelés à débattre aux côtés de François Lenglet au cours d'une conférence animée par la journaliste Anastasia Vecrin de Libération.

 

« Le besoin de crise ? »

 

Autour de la formule interrogative un peu provoquante « Le besoin de crise ? », les points de vue se sont donc croisés, se heurtant souvent à une réalité assez difficile à cerner.

 

 

 

La crise : un terme d'origine médicale

 

Pour Myriam Revault d'Allonnes, qui a publié en septembre 2012 La crise sans fin (Seuil, 208 pages, 14,99 €), on parle de la crise sans préciser sur quoi elle porte désormais. Presque le contraire du sens originel de ce terme. En grec, la crisis, c'était un moment paroxystique et non quelque chose qui durait.

 

Le sens premier d'ailleurs était d'emploi médical et, quand on passait par une crise, soit l'on s'en sortait, soit l'on y restait... Qui dit crise, dit donc sortie de crise. Mais le langage courant utilise le mot crise dans un sens presque opposé. Se pose alors la question du temps, de notre rapport à la temporalité.

 

La crise : une promesse de renouveau 

 

Quant à François Lenglet, rédacteur en chef sur France 2, et qui a sorti, aussi en septembre 2012, Qui va payer la crise ? (Fayard, 210 pages, 11,90 €), il commence par citer la célèbre définition de la crise donnée par le théoricien politique italien Antonio Gramsci : « La crise, c'est quand le vieux se meurt et que le jeune hésite à naître ».

 

Se voulant plutôt optimiste, malgré la tendance actuelle, le journaliste affirme que la crise reste avant tout la promesse d'un monde nouveau. Mais, pour ce qui est de notre crise, François Lenglet y lit l'expression d'une accumulation de dettes qui n'est plus soutenable.

 

D'un point de vue strictement financier, pour sortir de la crise, il reste à liquider ces dettes. Et, de toute façon, étant donné que ces dettes sont excessives, elles ne seront jamais réglées. On risque alors la faillite des états, ce qui s'est déjà vu dans un passé plus ou moins récent. Mais c'est aussi la porte ouverte à une issue. Cette crise peut être également l'expression des limites de l'économie de marché. C'est donc l'occasion de changer de monde, d'un point de vue économique aussi.

 

Qui est vraiment touché ? Et depuis quand ?

 

Le troisième intervenant, le philosophe Pierre Musso cite, lui, Edgard Morin : « Il faut mettre en crise la notion de crise. » C'est-à-dire qu'il est impératif de questionner cette notion de crise. Notion de crise associée à la notion de système. Ensuite, on peut toujours rechercher l'origine de la crise mais jusqu'à quand remonter : début de l'industrialisation ? Voire encore plus loin pour certains…

 

Pierre Musso vient d'établir la première édition critique et intégrale de Claude-He
nri de Saint-Simon (1760-1825) aux PUF (3504 pages, 49 €, 4 volumes), qui reste aux yeux de beaucoup le découvreur de la société industrielle et un des pères fondateurs du « socialisme utopique » et de la sociologie.

 

Pour le philosophe spécialiste de Saint-Simon, un des atouts de la mondialisation, c'est qu'elle confronte différents schémas de sociétés, voire de la crise tout simplement. Et un possible renouveau arrive aussi de ses chocs de sociétés.

 

Une constituante des cycles des sociétés humaines

 

En réponse aux philosophes, le journaliste François Lenglet développe l'idée, assez classique, d'une forme de permanence des crises : celles-ci intervenant de façon finalement assez régulière. Presque le temps d'une vie humaine. Le temps d'oublier que l'on ne peut pas toujours gagner.

 

Finalement aussi les crises sont la marque du choc entre chaque génération. La nouvelle s'inscrit en contre de la précédente, finit par prendre le pouvoir, le confisque à la génération montante, pour finir par s'écrouler. Et, pour François Lenglet, notre société est encore tenue par la génération des baby-boomers.




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