La culture, business plus solide que le luxe ou l'automobile

Antoine Oury - 07.11.2013

Edition - Economie - industries culturelles - luxe et automobile - chiffre d'affaires


La crise du disque, le désamour pour les produits culturels... Depuis quelques années, les industries culturelles mettent en avant une situation économique catastrophique, appelant de leurs voeux une protection accrue des auteurs et créateurs. La réalité n'est pas exactement au diapason : d'après une étude du cabinet EY, ex Ernst & Young, le chiffre d'affaires direct et cumulé des industries culturelles atteint les 61,4 milliards €.

 


Money!

(ToGa Wanderings, CC BY 2.0)

 

 

Les industries culturelles devancent ainsi leurs homologues de l'automobile (60,4 milliards €) et du luxe (52,5 milliards €), et se placent derrière les télécommunications ou l'industrie chimique dans le classement établi par le cabinet EY, d'après des données de l'année 2011. Elles emploient 1,2 million de personnes au total, soit 5 % des emplois du pays.

 

Le Panorama économique des industries culturelles et créatives a été commandé par France créative, qui rassemble les acteurs du secteur (Adami, Snep et Sacem, Procirep, Fesac...) pour peser plus lourd face aux acteurs américains du numérique dans les négociations. D'ailleurs, la force politique s'est jointe à l'économique, puisque 8 ministres de la Culture français, ainsi qu'Aurélie Filippetti, ont préfacé l'ouvrage.

 

Celui-ci tombe à pic pour le Forum d'Avignon, fin novembre, qui convie les acteurs économiques de la culture pour une série de débats et d'événements autour des mutations des industries culturelles. L'année dernière, la ministre de la Culture y avait présenté l'industrie comme un levier du redressement productif. Depuis, le torchon Amazon s'est enflammé entre la ministre et Arnaud Montebourg...

 

La journée des Français, consacrée à la culture

 

L'étude évoque également les pratiques culturelles de la population, et évalue à 9 heures le temps consacré à la culture, entre regarder la télévision, écouter de la musique, aller au spectacle, jouer à des jeux vidéo, lire... Un chiffre élevé, tout comme le budget consacré à la culture dans les ménages, qui atteint 8,4 % des dépenses de consommation, et 4 % du Produit Intérieur Brut.

 

Le détail des différents secteurs fait apparaître les arts graphiques et plastiques (musées, galeries, ventes d'art, design... 19,8 milliards € de chiffre d'affaires direct et connexe, 307.716 emplois), la télévision (14,9 milliards €, 176.467 emplois), la musique (8,6 milliards €, 240.874 emplois), le spectacle vivant (théâtre, danse, opéra, spectacles musicaux... 8,4 milliards €, 267.713 emplois), les jeux vidéo (5 milliards €, 23.635 emplois), le cinéma (4,4 milliards € et 105.890 emplois). Le livre, de son côté, cumule 5,6 milliards € de chiffre d'affaires.

89% des Français déclarent avoir lu un livre sur les douze derniers mois, et un tiers plus de 10 livres par an. La fiction (25% des exemplaires vendus), les livres jeunesse (20.5%) et la bande-dessinée attirent ces lecteurs. Près de 450 millions ouvrages ont ainsi été vendus en 2011. La situation de ce marché tient entre autres à son hétérogénéité et son maillage extrêmement dense. Sur le plan de l'édition, de grands groupes mondiaux coexistent à côté d'acteurs indépendants, ce qui contribue à la diversité éditoriale du secteur. Il en est de même pour la distribution. La France se situe en tête de l'Europe avec 25 000 points de vente, dont 2 500 qui vendent principalement des livres. Les libraires jouent un rôle clé auprès des lecteurs, source de conseils aussi bien pour les supports physiques que numériques. Notons la part de marché des librairies indépendantes qui s'élèvent à 24%.

L'étude précise également que le taux d'emploi au sein des industries culturelles a augmenté de 3,5 % entre 2000 et 2007, notamment grâce à une adoption relativement rapide des outils numériques. « Les industries culturelles sont un secteur varié, dont les entreprises vont des grands groupes mondiaux comme Hachette aux auto-entrepreneurs », a commenté Jean-Noël Tronc, directeur général de la Sacem, auprès de l'AFP.

 

 


Vincent Montagne, SNE par francecreative

 

 

« L'édition est un secteur actif et dynamique : 7 des 10 plus grands groupes du monde sont
européens. Les éditeurs de jeunesse par exemple s'exportent bien : certaines maisons
d'édition françaises sont présentes dans une cinquantaine de pays et ont vendu au fil du temps
des dizaines de millions d'exemplaires dans toutes les langues », a commenté de son côté Vincent Montagne, président du Syndicat national de l'édition.