La Culture générale pour les nuls : les scientifiques abasourdis par certaines erreurs

Camille Cado - 29.10.2019

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Les livres pour les nuls sont-ils vraiment fiables ? Si certaines erreurs peuvent passer inaperçues pour les lecteurs amateurs, les spécialistes, eux, s’affolent. Publié en 2017, La Culture générale pour les nuls - Édition Québec suscite la controverse des scientifiques. De la fausse information aux théories dépassées, l’ouvrage délivre plusieurs erreurs au sujet du réchauffement climatique et du système solaire.
 

 
Pour les nuls, originalement For Dummies, fut d’abord une collection de manuels informatiques pour les utilisateurs peu expérimentés. Publiés aux États-Unis par les éditions IDG Books/Hungry Minds. dès 1991, la collection s’étend ensuite à de nombreuses thématiques afin de proposer des ouvrages de vulgarisation sur un grand éventail de sujets. 

De la vulgarisation oui, mais quand les informations de ces manuels se trouvent erronées, les spécialistes tombent de leurs chaises. De nombreux scientifiques se sont ainsi soulevés contre La Culture générale pour les nuls — Edition Québec en raison des nombreuses erreurs que comprend l’ouvrage, notamment au sujet du réchauffement climatique et du système solaire. 
 

De la vulgarisation à la désinformation


Le premier crime de l’ouvrage est de mettre en opposition les théories du réchauffement climatique et du refroidissement climatique, mettant ainsi en scène un débat qui n’a pas lieu d’être sur la cause et les conséquences des changements climatiques, indique La Presse.

« C’est complètement farfelu, c’est vraiment écrit par des négationnistes » s’exclame Normand Mousseau, directeur de l’Institut de l’énergie Trottier de Polytechnique Montréal, aux tribunes du quotidien québécois.

Négationnistes peut-être pas, mais signés par Florence Braustein, enseignante en Classes Préparatoires et Directrice de la collection Le corps en question à l’Harmattan, François Couture fondateur des éditions de l’Effet pourpre et rédacteur, et par Jean-François Pépin, agrégé d’histoire, enseignant en classes préparatoires aux grandes écoles. 

« On veut mettre sur un pied d’égalité deux hypothèses qui ne le sont pas » reprend Normand Mousseau, également auteur de Gagner la guerre du climat : douze mythes à déboulonner (Édition Boréal, 2017). « Ce n’est pas un livre de vulgarisation ; c’est un livre de désinformation. »
« La communauté scientifique parle d’une seule voix », insiste à son tour Alexis Hannart, chercheur en science du climat à Ouranos. « L’effet dominant de l’activité humaine, c’est le réchauffement » puisque, explique-t-il, « à la différence des gaz à effet de serre qui vont continuer d’augmenter, les particules fines sont déjà en décroissance ».

« S’ils ont fait une erreur aussi grossière sur ce sujet, on ne voit pas pourquoi ils n’en feraient pas sur d’autres sujets ». Et cette hypothèse se vérifie à peine quelques pages plus loin...
 

Des théories obsolètes


Le quotidien québécois indique aussi que l’ouvrage présente la ceinture d’astéroïdes entre Mars et Jupiter comme le résultat de la fragmentation d’une planète de plus grande taille, soit « une hypothèse qui remonte au début du XXe siècle, peut-être même avant » d’après Robert Lamontagne, coordonnateur du Centre de recherche en astrophysique du Québec. « On sait très bien que ça ne représente pas une planète qui a explosé », mais plutôt « des cailloux qui ne se sont jamais agglutinés » rectifie-t-il.

« L’idée n’était pas mauvaise il y a 100 ou 150 ans, mais elle ne tient plus la route maintenant. [...] Même Wikipédia est correct là-dessus ! » Et en effet, « À l’origine, il avait été avancé que la ceinture proviendrait de la fragmentation d’une planète (nommée Phaéton). Cette hypothèse est tombée en désuétude à cause d’un certain nombre de problèmes » peut-on lire sur l’article Ceinture d’astéroïdes.
 

Les livres pour les nuls : fausse bonne idée ? 


« C’est La Culture générale pour les nuls, mais surtout par les nuls » reprend Alexis Hannart. Gilles Gougeon, ancien journaliste de Radio-Canada, mais aussi en charge de l’écriture de la préface de l’ouvrage avait pourtant souligné que les informations étaient « vérifiées par des spécialistes compétents »...

La maison d’édition affirme néanmoins qu’elle corrigera les erreurs. « Les paragraphes en question seront revus dès la prochaine réimpression de ce livre, car nous ne saurions contribuer à diffuser le moindre doute à ce propos » indique Marie-Anne Jost-Kotik, directrice éditoriale des Éditions First. « Nous regrettons bien sûr que les relectures et notamment la dernière révision approfondie pour l’édition québécoise de 2017 n’aient pas conduit à modifier ces lignes ». 
« Compte tenu qu’il paraît chaque année plus de 30 000 nouveaux livres, nous ne pouvons en aucun cas nous porter garants de la véracité du contenu de chacun » affirme à son tour Émilie L. Laguerre, directrice du marketing et des communications de l’entreprise. Rassurant...


Commentaires
Stefan Zweig préférait parler de culture universelle.
« La communauté scientifique parle d’une seule voix »

Cela n’est vrai que dans les pays totalitaires, et y a tout lieu de se méfier lorsque les hommes politiques se mêlent de science.

La science n’avance que par confrontation d’hypothèses contradictoires et l’honneur d’un homme de science est d’argumenter, non de prétendre que sa théorie est celle de toute la communauté scientifique.
Il n'est pas question de totalitarisme mais de consensus scientifique, concept à connaître car primordial dans le domaine de la recherche scientifique : https://fr.wikipedia.org/wiki/Consensus_scientifique. En l’occurrence, sur le réchauffement climatique d'origine humaine, le consensus scientifique est écrasant : https://skepticalscience.com/global-warming-scientific-consensus-intermediate.htm
Je suppose que vous faites, comme moi, une différence entre « consensus scientifique » et « vérité scientifique ». Ce que j’ai voulu dire et ce sur quoi nous divergeons sans doute, c’est qu’une société ou un pays qui imposent un « consensus scientifique » au détriment d’une « vérité scientifique » sont ou totalitaires ou en passe de le devenir.
Le concept de "culture générale" date lui-même d'un autre siècle. Le fait de lui consacrer un livre fourre-tout devrait attirer la méfiance, avant même de l'ouvrir. Pour pasticher une sentence bien éculée : « La culture générale, c'est ce qui reste quand on n'a plus rien à dire… »
Bien d'accord avec vous !Qu'est-ce que "la culture gé"? Certainement pas un "avoir" - pour la culture "tout court" -, mais un "être", une curiosité en mouvement...Ce qui reste quand on a tout oublié, peut-être. La culture générale n'existe pas. On est loin du "savoir"...
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