La défense de la liberté d'expression, au cœur du concept de société libre

Julien Helmlinger - 22.01.2015

Edition - International - Liberté d'expression - Paulo Casaca - Europe


Via un blog hébergé par le Huffington Post britannique, Paulo Casaca, politique portugais mais également auteur de divers ouvrages touchant à des questions économiques et sociales, a évoqué le sujet de la liberté d'expression. Selon lui, l'avenir de l'Europe dépendra notamment de la manière dont elle défendra ce droit fondamental. Il estime que l'expression d'opinions critiques, et autres caricatures, est au cœur de notre concept de société libre.

 

 

Photo via sa page officielle

 

 

Paulo Casaca rappelle que l'ayatollah Khomeini a décrété sa fatwa sur l'écrivain Salman Rushdie le 14 février 1989, et que, depuis, outre les atteintes à sa propre vie, les éditeurs de ses œuvres à travers le monde sont également pris pour cibles et parfois assassinés. Pour lui, cette tendance, visant à menacer ceux dont les vues sont jugées inacceptables par les fanatiques religieux, irait croissante dans le monde.

 

Or, le politique soutient que ces législations abusives contre la libre opinion ont couvert des crimes massifs contre l'humanité, que ce soit chez Khomeini ou ailleurs. Pour Paulo Casaca, ce serait notamment dû au fait que la fatwa sur Rushdie a créé un nouveau précédent, qui aura vu un leader iranien passer outre les normes internationales existantes, mais également violer les législations internes d'autres États. Un triste exemple qui a encouragé d'autres organisations fanatiques à condamner Charlie Hebdo en 2006. 

 

« La liberté d'exprimer des opinions critiques et en particulier de les exprimer sous forme de caricatures est au cœur de notre concept de société libre. Comme pour n'importe quelle autre de nos libertés fondamentales, il y a des limites à la liberté d'expression. Il n'y a pas de formule unique indépendante du temps, de la mode et de l'espace pour tirer de telles limites, mais dans une société démocratique, c'est à l'opinion publique d'en discuter en premier lieu, et en fin de compte au législateur et au pouvoir judiciaire de se prononcer sur cette question », estime le Portugais.

 

Lui-même a promu une conférence sur les limites de la liberté d'expression, à laquelle prenait part un spécialiste en matière de sécurité, un universitaire et un représentant de Charlie Hebdo. Mais cette initiative lui a attiré les foudres de son parti politique, qui n'autorisait sa participation qu'à la condition que la présentation d'une caricature signée Delize soit bannie de l'événement. Cette censure dont il a fait l'objet en Europe était une sorte d'aveu d'incapacité de ses camarades à comprendre l'enjeu du débat, explique-t-il.

 

Suite au massacre perpétré dans les locaux de l'Hebdo, toute la classe politique, les socialistes comme Paulo Casaca mais aussi les autres mouvances, ont donné l'impression de soutenir la condamnation de l'atteinte à la liberté d'expression. Pourtant, souligne-t-il, les « véritables croyances » de certains d'entre eux, qui accusent désormais Charlie Hebdo de provoquer le monde musulman, ont rapidement été mises à jour, que ce soit à travers les médias ou via les réseaux sociaux.

 

Or, aux yeux de Paulo Casaca, il ne revient pas à l'establishment politique de décréter aujourd'hui si ces caricatures du journal satirique sont légitimes ou non. Il rappelle que la justice française a déjà statué sur ce point, le verdict étant qu'elles étaient conformes avec les règles régissant la liberté d'expression dans le pays. « Une infraction aux croyances d'une personne ne peut pas autoriser cette personne à commettre un assassinat. C'est la question à laquelle fait face à notre société. Faut-il apaiser les fanatiques ou devrions-nous défendre la liberté d'expression, le droit en vigueur au sein des frontières nationales et de la communauté internationale ? L'avenir de l'Europe dépendra de notre réponse. »