La demande en ebooks piratés en hausse ? Pas si vite...

Clément Solym - 12.10.2010

Edition - Justice - pirater - livres - peur


L'inédit, l'improbable, l'impensable : des versions numériques de livres contrefaits, jetées en pature aux logiciels de partage de fichiers... l'édition venait de rencontrer sa bête noire : le piratage.

Depuis plusieurs années, la préoccupation majeure des maisons s'est axée sur la protection des ebooks, avec une réponse forte : DRM. Sur le modèle de la musique et du film - dans leurs premiers temps numériques -, tout le monde s'engouffre dans cette voie. Combattre les BitTorrents, les eMule et consorts devient une obsession. Et l'occasion de voir des sociétés comme Attributor proposer des services de surveillance des réseaux... aboutissant à des études saugrenues.

Combattre le pavillon noir à tête de mort

D'autre part, les appels contre le piratage pour traquer les flibustiers se multiplient un peu partout. Le président de Macmillan, en janvier, aurait presque remplacé les voeux de bonne année, par un manifeste passionné. Soit les éditeurs se mobilisent, soit les pirates leur feront passer de sinistres heures, au point de ruiner toute la création et l'entreprise qui la soutient...

On avait ainsi vu un Attributor affirmer que le piratage de livres coûtait aux éditeurs 3 milliards $ annuellement. C'est pas croyable ! Et justement, en revenant sur le dernier rapport en date d'Attributor, TeleRead propose une lecture un peu plus nuancée, et surtout, moins alarmiste.

On va tous mourir, ou presque

Selon les données présentées, tous les voyants seraient au rouge. On se demandait même si le monde n'allait pas s'écrouler peu après (notre actualitté). À une nuance près : Attributor a basé ses recherches sur un seul outil : Google Trends, qui mesure la fréquence des termes recherchés via le moteur de recherche. Il suffit donc qu'un internaute saisisse ebook avec free et download, ajoutés au nom du livre et hop, la demande en matière de piratage augmente, selon Attributor. Certes, mais si le livre était une oeuvre libre de droit ?

Mieux : si l'utilisateur avait ajouté Torrent, pour être redirigé vers le réseau de partage, justement afin de trouver son ebook libre de droit et le télécharger plus rapidement ? Eh bien, hop, de même, c'est la fin des haricots, les pirates auront notre peau. Du moins explique Attributor, société spécialisée dans la surveillance de la contrefaçon de fichiers pour les éditeurs... Eh oui, tout de même...

Ou alors, on devrait ouvrir les yeux ?

La contre-expertise s'impose. Et elle fait un peu mal, parce qu'elle permet d'annoncer tout le contraire de ce qu'Attributor présente. En partant de cette recherche, on peut voir qu'en effet le mot ebook associé à un nom de site de partage ou de réseau a pas mal augmenté depuis la fin 2004.


En affinant même la recherche avec les termes ebooks pirated, on aboutit à un contre-intérêt : les recherches baissent complètement, inlassablement depuis mars ou avril... 2008. Et n'ont jamais cessé de baisser jusqu'en mai de cette année. Et pour cause : de plus en plus d'offres, des plateformes de vente légales, des sorties d'appareils de lecture qui se sont multipliées... Autant d'éléments qui permettraient de comprendre que les consommateurs aient délaissé les ebooks contrefaits, pour profiter de la qualité de ce qui est vendu... (source)

Moralité ?

Mais en tout cas, voilà de quoi se souvenir que les conseilleurs - et les oiseaux de mauvais augure - sont plus souvent les payés, que les payeurs...