La dernière émission d'Alain Veinstein censurée sur France Culture

Louis Mallié - 07.07.2014

Edition - Société - Alain Veinstein - Du jour au lendemain - France Culture


Les auditeurs ont de quoi être frustrés : la semaine dernière, France Culture annonçait la fin de l'émission produite et animée par Alain Veinstein, « Du jour au lendemain ». Sur les ondes depuis 29 ans, elle avait accueilli près de 6800 écrivains pour des entretiens de 35 minutes à minuit, du lundi au vendredi. Or, l'ultime émission, qui devait être diffusée vendredi dernier, a finalement été supprimée par la direction... 

 

 Alain Veinstein et Karine Papillaud

 Alain Veinstein, ActuaLitté, CC BY-SA 2.0

 

 

Justifiant la fin de l'émission, le directeur de France Culture, Olivier Poivre d'Arvor, avait déclaré dans un mail adressé à l'animateur que « trente-cinq minutes de récits subjectifs, et de discussions internes ne regardent en rien l'auditeur. »  Pour sa dernière émission, l'animateur, plutôt que d'inviter un dernier auteur, avait donc décidé de présenter une « auto-interview », dans laquelle il accusait la violence du monde de la radio.

 

« J'avais intitulé cette dernière émission “Un pourboire” », précise Alain Veinstein à Télérama. « J'y lisais un texte personnel, où j'expliquais pourquoi ce rendez-vous radiophonique s'arrête, ce que j'éprouve, et le sens qu'a eu Du jour au lendemain” pour moi, pendant toutes ces années. » Naturellement, la réaction du directeur de France Culture a été catégorique. Refusant de diffuser l'émission, il se serait agi selon lui « d'un long lamento sur sa situation, ce qui ne lui rendait pas hommage. Ce n'était pas humble, et ce n'était pas la commande qui lui était faite par France Culture – à savoir inviter un écrivain pour parler de son œuvre. »

 

Et d'ajouter :   « Les départs sont toujours difficiles, mais il faut bien arrêter un jour... » Bien décidé à répondre, Alain Veinstein a rappelé qu'il ne s'agissait là pas de la première fois qu'on tentait de le congédier : « L'an dernier, on avait déjà essayé de me faire partir, en mettant en avant mon âge. Cette fois, on argue de la nécessité de faire des économies, de l'impossibilité de diffuser des émissions fraîches passé minuit. »

 

Dans un entretien accordé au journal Le Monde, l'animateur n'a donc en somme pas hésité à dénoncer une « censure rarissime à la radio. » Des propos clairement récusés par France Culture, qui a tenu à mettre en avant le fait que la radio « s'était entendue avec Alain Veinstein sur l'arrêt de son émission depuis plus d'un an », soulignant que « ce dernier avait accepté le principe d'un nouveau rendez-vous annuel de 40 émissions pour la grille d'été » de 2015, rapporte l'AFP. 

 

« Nous en étions à convenir des modalités de cette nouvelle collaboration quand Alain Veinstein a choisi de rompre le contrat et de transformer la dernière émission en un monologue de 35 minutes sur sa propre situation professionnelle », ajoute la station. « Une radio de service public n'est ni une antenne privée, ni le lieu de plaidoyer pro domo, et ce, pas plus pour Alain Veinstein que pour aucun d'entre nous [...]. Assurer le renouvellement des générations à l'antenne, c'est aussi conforter l'avenir de France Culture », poursuit la station.

 

Le forum des auditeurs de France Culture n'a lui pas manqué de critiquer la réaction de la radio, qualifiant de « langue de bois » ses déclarations… 

 

« De la part de celui [Olivier Poivre d'Arvor] qui n'a cessé de réduire la culture sur l'antenne de France Culture pour y renforcer l'actu, le compassionnel, et y ajouter une louche de tourisme médiocre, le rappel à l'ordre sur le hors sujet c'est assez fortiche comme argument. » Ou encore : « De plus en plus fort : "Trente-cinq minutes de récits subjectifs, et de discussions internes ne regardent en rien l'auditeur". En clair, Poivrinet décide à la place du producteur de ce qui regarde l'auditeur. Si ça c'est pas du caporalisme, qu'est-ce ? »

 

L'émission d'Alain Veinstein n'est pas la seule à quitter les rangs de Radio France, nouvellement présidée par Mathieu Gallett. « Là-bas si j'y suis » de Daniel Mermet, installée depuis 25 ans a également quitté France Inter. Samedi dernier, 250 auditeurs s'étaient rassemblés devant la Maison de la Radio à Paris pour protester contre le départ de ce dernier. Une pétition a également été lancée sur Internet, recueillant déjà près de 30.000 signatures.