La différence entre l'Homo floresiensis et le Hobbit ? Un copyright

Clément Solym - 31.10.2012

Edition - Justice - héritiers de Tolkien - Hobbit - scientifiques


Quand on gère la succession de Tolkien, on a une fâcheuse tendance à voir de la contrefaçon un peu partout. S'il s'agit de profiter de la réussite des films, des livres, et du tapage médiatique permanent, pour gagner quelques pièces, la démarche est compréhensible. Mais interdire une conférence sur la préhistoire, sous l'abominable prétexte qu'elle utilise le terme «Hobbit», voilà qui est... velu. Jusque sous la plante des pieds.

 

 

The Hobbit: An Illustrated Edition of the Fantasy Classic, 

Charles Dixon (adaptation), de J.R.R. Tolkien, David Wenzel (dessinateur)

 

 

La race humanoïde de l'Homo floresiensis, qui mesurait grosso modo 90 à 100 cm de hauteur, avait en effet tout pour être comparée aux charmantes petites créatures de Tolkien. Mais le scientifique néo-zélandais, qui comptait utiliser ce terme dans son livre, et s'en servir à l'occasion d'une conférence, a vu Sauron lui tomber sur le râble.

 

Le Dr Brent Alloway, professeur à l'université de Victoria, projetait ainsi de donner quelques conférences gratuites, le mois prochain, pour évoquer la découverte en 2003 de l'Homo floresiensis par les professeurs et archéologistes Mike Morwood et Thomas Sutikna, qui devaient assister à cette conférence.

 

Or, pour jouer sur l'actualité brûlante de Tolkien, Alloway avait prévu de faire coïncider la première avec la date de sortie du film, considérant que dans les milieux autorisés de l'archéologie, on surnomme l'Homo floriensis, « L'autre Hobbit », du fait, évidemment de sa petite taille.

 

Un peu d'histoire

En 2003, un groupe de chercheurs avait découvert des crânes ressemblant à celui de l'homme, mais en terriblement plus petit. Les scientifiques les nommèrent Homo Floresiensis, tandis que la presse le batpise Hobbit, en référence à qui on sait.

L'analyse des crânes découverts montre qu'ils ne sont pas humains. L'Homo Floriensis a vécu entre -17.000 et -95.000 ans avant notre ère, certains aspects de l'ossature les rapprochent plus de créatures d'Afrique et d'Eurasie, remontant à 1,5 million d'années.

Il a évolué parallèlement à l'Homo sapiens, avec peut-être l'Homo erectus en ancêtre commun. L'espèce s'est éteinte, du fait de sa petite taille, justement ou de l'incapacité à trouver des ressources pour survivre. 

Mais Saul Zaentz Company/Middle-earth Enterprises, apprenant l'affaire, et détenant tous les droits possibles et imaginables autour du Hobbit, fait savoir, par le biais de son avocat qu'il sera interdit d'utiliser ce mot pour la conférence. Et le cabinet d'informer le chercheur qu'il « n'est pas possible pour nos clients de permettre une utilisation générique de la marque The Hobbit ».

 

Le scientifique néo-zélandais est dépité : dans la communauté scientifique, on rigole bien avec ce terme, et il passe d'autant mieux dans la presse. Interdiction d'en faire usage, sauf dans le cadre de rigolades privées, entre chercheurs ? Absolument. 

 

Surtout que la conférence était gratuite, libre d'accès, et que l'on trouve une entrée dans l'Oxford English Dictionnary, du mot Hobbit. Mais malgré toutes les références au terme que l'on peut trouver, en dépit du bon sens et du contexte dans lequel allait se dérouler la conférence, rien à faire, aussi le scientifique décide-t-il de modifier le nom de son événement, pour « A newly discovered species of Little People – unravelling the legend behind Homo floresiensis ». 

 

Nettement moins accrocheur et sexy, il faut le reconnaître. Cependant, pas assez contrariant pour impacter l'enthousiasme de la communauté scientifique, qui s'émerveille toujours autant de la découverte de ces créatures (voir notre encadré). Surtout que la taille moyenne de l'Homo floriensis, est précisément celle des Hobbits, trois pieds, six pouces ; les héritiers de Tolkien ne seraient-ils que contrefacteurs de l'évolution ?