La direction de Virgin "attachée à cacher la gravité" de la situation

Clément Solym - 04.01.2013

Edition - Librairies - Virgin Megastore - Champs Elysées - Liquidation


Depuis ce matin, nous savons que la direction des magasins Virgin Megastore a pris la décision de placer la société en cessation de paiement. Autrement dit, la société dépose le bilan et aucun projet de reprise pour relancer les magasins n'a été annoncé pour l'instant.

 

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 Julien Haler, CC BY-SA 2.0

 

 

Si la décision n'a été rendue officielle que ce matin, cela faisait néanmoins un certain temps que circulait la rumeur. Désormais, c'est l'avenir de l'ensemble des magasins, et donc pas seulement celui des Champs-Élysées, qui est en péril. 1000 salariés sont concernés par ce dépôt de bilan.

 

La santé des magasins du groupe n'est pas au beau fixe depuis plusieurs années déjà. L'entreprise rachetée par Butler Capital Partners en 2007 est en situation difficile depuis cette époque.

 

En dix ans, le nombre de salariés a été diminué de moitié, même s'il y a encore 25 magasins en France. Soulignons toutefois la fermeture de quatre magasins en deux ans, soit 20% des effectifs en moins.

 

Ces fermetures étaient le signe de la mauvaise santé des magasins : la vente était le moyen de rembourser en partie les dettes importantes accumulées au fil du temps.

 

Les causes et les conséquences

 

Les responsables syndicaux, ainsi que le reste du personnel, se doutaient bien que les choses n'allaient pas fort. Pourtant, la direction a très peu communiqué, semblerait-il, sur l'ampleur de la gravité de la situation.

 

Nous avons pu contacter Karl Ghazi, le secrétaire général de la CGT commerce de Paris, qui nous a expliqué qu'il s'agissait d'une « situation prévisible même si la direction s'est attachée à en cacher la gravité. » Ceci a entraîné une rupture de la confiance entre les employés de l'enseigne et la direction.

 

De ce fait, les perspectives seront relativement limitées. Aucune solution n'est à l'horizon pour sauver les emplois et les magasins, en particulier le vaisseau amiral situé sur la plus belle avenue du monde, si ce n'est la mise en liquidation.  Et si aucune offre de redressement n'est proposée, le tribunal devrait rapidement prononcer la mise en liquidation de l'entreprise, avec les conséquences que cela implique.

 

Les raisons de ce déclin sont à trouver à plusieurs niveaux. Les syndicats ont évoqué « des loyers très élevés pratiqués en centre-ville, sans même parler de celui des Champs ». À ce propos, on n'en sait toujours pas plus concernant le magasin qui remplacerait de Virgin. On a beaucoup parlé de Volkswagen, mais rien n'a été annoncé ces derniers jours. La concurrence du numérique et des distributeurs en ligne est aussi montrée du doigt.

 

Un secteur en mutation mal appréhendé

 

Il faut aussi considérer que, à l'inverse d'autres enseignes, peu de chose a été fait par Virgin pour adapter les magasins à la nouvelle donne du marché. Certes, on a parlé de magasins plus petits et mieux organisés, comme celui (tout neuf) de la gare Saint-Lazare, mais il faut croire que ce n'était qu'un écran de fumée. Une mauvaise prise en compte des nouveaux enjeux qui date déjà de l'époque où le groupe Lagardère était le principal actionnaire.

 

En attendant, les salariés ont bien l'intention de manifester leur mécontentement, car la liquidation suppose un plan social. Butler aurait choisi cette solution afin de perdre le moins d'argent possible dans l'affaire. Des manifestations et des grèves sont donc prévues dans l'ensemble des magasins dès le 9 janvier.

 

Alors que les spéculations sur un possible rachat vont déjà bon train, bien que l'on en soit encore loin, les professionnels s'inquiètent déjà des pertes pour le marché global, qu'impliquerait la fermeture du réseau Virgin. « Les acheteurs de certaines zones géographiques se reporteront sur internet, évidemment, et les autres GSS [NdR : grandes surfaces spécialisées] ne pourront pas récupérer la totalité de la clientèle. On assistera à une disparition des consommateurs, au profit du net, bien évidemment, et de celui dont on ne veut plus prononcer le nom », précise un dirigeant de GSS, qui préfère rester anonyme.

 

Un Voldemort qui traînerait sur internet, et probablement d'origine américaine, pour ne pas le citer... la situation va être complexe. D'autant que, si Virgin n'est pas à vendre, les investisseurs auront toujours la possibilité de recapitaliser, mais probablement pour un projet radicalement différent.

 

A aucun moment la direction de Virgin n'a été diponible pour apporter un commentaire.

 

 

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