La directrice de Bompiani décidée à échapper à l'empire Berlusconi

Nicolas Gary - 17.11.2015

Edition - International - Berlusconi Bompiani - maison édition - empire Italie


En Italie, la terre a tremblé depuis que le groupe Mondadori (famille Berlusconi) a trouvé un accord pour le rachat de RCS Libri. Des maisons prestigieuses comme Bompiani ou Rizzoli se retrouveront dans le giron de la holding berlusconienne – sous réserve que l’autorité de la concurrence se prononce favorablement. Mais certains auteurs et éditeurs ont décidé de résister. Et chez ces derniers, Elisabetta Sgarbi, grande patronne de Bompiani, vient de jeter un pavé dans la mare.

 

Elisabetta Sgarbi

 

 

« Quelle sera l’identité des maisons d’édition, et comment les écrivains réagiront ? Et les agents littéraires ? », s’interrogeait déjà Elisabetta Sgarbi, alors que le rachat n’était encore qu’une négociation, en février dernier. Des auteurs comme Umberto Eco se lançaient d’ailleurs dans un combat intellectuel, pour dénoncer cette association contre nature. 

 

Chez Bompiani, affirmait Elisabetta Sgarbi, le malaise n’en finissait pas de grandir, et depuis début octobre, les deux groupes ont fini par trouver un terrain d’entente. « Notre modèle est celui d’une fédération des éditeurs, très différents les uns des autres, chacun avec son indépendance éditoriale, et liés par l’utilisation de services communs », se défendait Marina Berlusconi, à la tête de Mondadori. 

 

Pour 127,5 millions €, Mondadori engloutirait RCS Libri pour devenir le monstre Mondazzoli, ironiquement rebaptisé par l’édition italienne. Mais Elisabetta Sgarbi, directrice de la filiale Bompiani, a trouvé une échappatoire. 

 

Lettera43 affirme qu'avec le soutien de Jean-Claude Fasquelle, directeur général historique des éditions Grasset-Fasquelle – qui publient Umberto Eco en France – elle pourrait ouvrir une nouvelle maison d’édition. 

 

Dans les faits, le fils d’Umberto, Stefano Eco, qui officie chez Bompiani comme responsable de la presse, s’associerait à la société. « Tout en respectant l’acheteur de la maison d’édition, nous nous rendons compte que cette fusion créerait un géant de l’édition qui serait sans égal dans toute l’Europe, car il va dominer le secteur du livre en Italie, avec 40 % de parts de marché », affirmaient les auteurs, en soutien derrière Umberto Eco, dès février.

 

Elisabetta Sgarbi envisage la création d’une maison d’édition, dans laquelle se retrouverait donc Umberto Eco, un poids lourd du secteur. Évoquant le rachat, elle parlait « d’une opération sans précédent dans l’édition italienne : il est donc difficile de faire des pronostics ». Pourtant, le 16 novembre, la maison Bompiani se réunissait pour établir son budget, et la décision semblait prise. 

 

Jean-Claude Fasquelle est le petit-fils du fondateur de la maison qu’Eugène Fasquelle avait créée en 1896, et qui a fusionné en 1959 avec les éditions Grasset. Jean-Claude Fasquelle avait quitté la maison en janvier 2000, choisissant Olivier Nora pour lui succéder. Aujourd’hui âgé de 84 ans, il se lancerait dans une nouvelle aventure éditoriale. Elisabetta Sgarbi est également auteure, et réalisatrice de films, sous le pseudo Betty Wrong.

 

En dépit de nos tentatives, nous ne sommes pas parvenus à joindre Elisabetta Sgarbi ni Jean-Claude Fasquelle.