La directrice générale de la bibliothèque d'Espagne claque la porte

Clément Solym - 11.05.2010

Edition - Bibliothèques - démission - mesures - économiques


Il y a des désaccords qui ressemblent à des démissions. Voilà une belle manière d'illustrer ce que la Bibliothèque nationale d'Espagne vient de vivre, alors que sa directrice, Milagros del Corral, a rendu son tablier. Furieuse, la dame affirme que les décisions prises par le gouvernement concernant la politique économique de l'établissement l'ont poussée à cette démission.

Mais ce n'est pas tout. D'un côté, donc, le budget de la BNE vient de prendre une grosse claque, en perdant 7,5 millions sur les 52 qui lui sont alloués. José Luis Rodriguez Zapatero était bien obligé de le prendre quelque part cet argent... Bon, eh bien voilà, les mesures d'économie, il faut les prendre, alors on table sur le budget culture.

Cependant, un pendant à cette décision a mis le feu aux poudres. En effet, le titre de directeur général de la BNE vient de se transformer en un simple directeur. Une décision qui irrite plus encore l'ancienne directrice - nous vous rappelons que l'objet de cette information est justement sa démission.

Dans ces conditions, explique del Corral à l'AFP, le choix de rétrograder sa position semble « irrationnel », d'autant plus que le président le « fait passer pour une mesure économique : qu'est-ce que j'épargne si l'on me fait gagner la même chose », interroge-t-elle.

Afficher ainsi « un certain mépris pour la culture » n'ira pas non plus sans conséquences. En retirant le titre, il « va conduire à une perte de la liberté d'action de la bibliothèque », ajoute-t-elle. La BNE qui existe depuis 300 ans est en effet complètement autonome et emploie près de 1000 personnes. Cette situation nouvelle la mettrait alors sous l'égide du ministère de la Culture, position peu enviable.

Si l'on se souvient bien, en août 2007, le précédent directeur général avait déjà démissionné pour des raisons similaires. L'écrivain Rosa Regas avait alors quitté son poste suite à des désaccords l'opposant l'ancien ministre de la Culture, César Antonio Molina. Milagros del Corral souligne une fois encore, « la clameur dans le monde de la culture », qui fait suite aux options prises par le gouvernement, estimant que l'étonnement et l'indignation de cet univers contraindront le président à revoir ses positions...