La Hune : Gallimard et Flammarion jouent aux 'gestionnaires immobiliers'

Nicolas Gary - 25.02.2015

Edition - Librairies - Gallimard Flammarion - librairie fermeture - Paris Saint-Germain


La librairie symbolique du groupe Flammarion, devenu propriété de Gallimard, avait déménagé en avril 2012. Elle quittait alors son emplacement du 170 boulevard Saint-Germain, pour la rue de l'Abbaye. Déjà, la librairie était ouverte le dimanche, en ce quartier touristique, où Reggiani avait l'habitude de prendre son café crème en délicieuse compagnie... 

 

 

 

 

Mais voilà : fin d'une époque. La librairie va fermer. Tandis qu'on s'interroge sur la politique du groupe Gallimard, qui rachète d'anciens établissements Chapitre et se bat pour conserver sa librairie contre les Qataris, la Hune apprend qu'elle ne passera pas l'hiver 2015. Idéalement située, entre le Café de Flore et celui des Deux Magots, lieux légendaires pour l'édition, la Hune plie donc boutique. 

 

Le groupe Madrigall, comme nous l'expliquions, choisit de rompre avec le passé surréaliste des lieux – de mémoire, André Breton, ou encore Antonin Artaud et d'autres en avaient foulé l'entrée. En 2012, c'était la faute à Louis Vuitton, et, pourtant, le déménagement n'avait pas fait dans la dentelle : La Hune prenait l'emplacement d'une ancienne boutique Dior, où s'était retrouvée la librairie Le Divan. 

 

Dans un quartier comme celui-ci, le mètre carré coûte cher et la diminution régulière du chiffre d'affaires de l'établissement ne laissait pas véritablement d'alternative. En 2009, l'établissement avait réalisé un CA de 3,5 millions €, pour 2,3 millions € en 2013. 

 

C'est ainsi que, le 13 février dernier, les salariés ont appris que l'établissement fermerait dans le courant de l'année. Cinq jours plus tard, le groupe Flammarion assurait qu'une phase de négociation était entamée, avec une société d'édition. « Le projet des repreneurs est de maintenir une activité de librairie-galerie, en conservant notamment le nom “La Hune” qui en a fait son identité depuis 1949, et de développer un projet culturel unique en son genre. » Le nom de l'heureux élu n'était alors pas communiqué. 

 

« La durée de vie d'une librairie se réduit comme peau de chagrin dans le quartier. Vuitton les enterrer ? », plaisante-t-on facilement. 

 

L'ouverture du dimanche m'a tuer

 

Sauf que les négociations de Flammarion pourraient être gênées par la contestation du Parti de Gauche des 5e, 6e et 7e arrondissements de la capitale. Contestant une fermeture des lieux, « sans aucune consultation », le mouvement politique dénonce un comportement de « véritables gestionnaires immobiliers », de la part de Flammarion et Gallimard. Résidants, étudiants et salariés seraient ainsi balayés alors que « ces grands groupes cèdent surtout aux sirènes de l'argent ».  

 

Dans la foulée, et le destin ne manque pas forcément d'ironie, la loi Macron introduisant les possibilités nouvelles de travailler le dimanche avait été adoptée le 19 janvier. Or, souligne le Parti de gauche, à l'origine de la fermeture de La Hune « se trouve d'abord une bataille pour l'ouverture le dimanche ». 

 

Pour classer la librairie dans la zone touristique qui autorisait l'ouverture dominicale, il fallait en effet déménager, ce qui aurait porté « un coup mortel au chiffre d'affaires ». Dix emplois auraient été supprimés par la suite, alors que Louis Vuitton aurait poussé « au transfert de la librairie historique vers la place Saint-Germain-des-Près ». 

 

Et le PG de s'insurger contre une attaque portée contre le monde culturel, les emplois et la vie de quartier, le tout à l'avantage de « marques de luxe et des sociétés de holding (détenues par Gallimard), uniquement intéressées à faire du profit, est inacceptable ». L'élue Danielle Simonnet entend, lors du prochain Conseil de Paris, inviter à la résistance et « réaffirme que la disparition des libraires de la Hune n'est pas un progrès, mais une régression, un obstacle sur le chemin de l'émancipation citoyenne ». 

 

Lors du déménagement rue de l'Abbaye, Flammarion assurait à ActuaLitté que les questions de loyers et de bail étaient devenues primordiales. À l'époque, la ville de Paris avait soutenu le projet de départ, et accompagné le groupe dans ses démarches administratives, assurait-on. Jean-Pierre Lecoq, alors maire du VIe était d'ailleurs intervenu pour permettre au nouvel emplacement de figurer, par dérogation, dans les zones touristiques ouvertes le dimanche.

 

Ce dernier, d'obédience UMP, recommandait depuis plusieurs années que Paris obtienne une dérogation Ville touristique, pour l'ensemble de son territoire. En octobre dernier, il vantait encore les mérites de la zone touristique déployée sur le boulevard Saint-Germain, qui avait permis « en particulier à la Hune et à l'Écume des pages d'ouvrir le dimanche ». Celle-ci sera bientôt la seule à profiter des bienfaits du décret portant sur la création de zones touristiques.

 

Le groupe Flammarion n'était pour l'heure pas disponible pour répondre.