La dyslexie, un handicap invisible et difficile à combattre

Antoine Oury - 26.08.2014

Edition - Bibliothèques - dyslexie handicap lecture - bibliothèques - accessibilité cause nationale


Elle fut déclarée grande cause nationale en 2013, et pourtant les moyens de lutte contre la dyslexie sont toujours manquants. Ce « handicap invisible », difficile à diagnostiquer, est pourtant une des premières causes d'illettrisme et d'échec scolaire. Lecture et écriture permettent de lutter efficacement contre ce handicap, mais les bibliothèques manquent encore de moyens pour y parvenir.

 

 

Dyslexia

(Tiberiu Ana, CC BY 2.0) 

 

 

« Beaucoup d'enfants ignorent qu'ils sont atteints de dyslexie, ils ne sont juste pas bons à l'école », témoigne Nancy M. Bolt, consultante spécialiste des bibliothèques. Elle sait probablement de quoi elle parle, puisque son propre fils a été diagnostiqué dyslexique à l'âge de 9 ans, expliquait-elle à Lyon, lors du congrès mondial des bibliothécaires.

 

Aux États-Unis, l'organisation Learning Allya évaluait à 20 % le taux d'élèves en difficulté dans les classes primaires : lecture, écriture, ou exercice le plus commun deviennent insurmontables, dans la plupart des cas pour cause de dyslexie. En France, on estime de 4 % à 5 % la part des élèves d'une même classe atteints de dyslexie, selon la Fédération française des Dys.

 

Dès que l'on franchit la porte des bibliothèques, le constat est simple : la dyslexie reste un mal infantile, et les équipements sont orientés vers une tranche d'âge particulière. Or, les adultes inconscient de leur dyslexie, ou peu désireux de la revendiquer, se retrouve de fait exclus des autres rayons de la bibliothèque.

 

Toutefois, de plus en plus d'établissements proposent des collections audio ou en gros caractères, particulièrement utiles à ces publics spécifiques. L'espace entre les caractères imprimés participe à entretenir la dyslexie, et les livres numériques et autres tablettes, de ce point de vue, sont des outils adaptés.

 

La mise en place de collections dites « accessibles » est évidemment un objectif que les grands établissements ont adopté. Mais, là encore, la réalité n'est pas si facile, puisque les textes de loi actuels restreignent l'accès à ses ouvrages à des publics pouvant faire état d'une incapacité de lire à hauteur de 80 %. Un individu dyslexique devra donc être diagnostiqué comme tel, avant de se soumettre à une batterie d'examens ne lui garantissant pas l'accès à ces ouvrages.

 

Pour les bibliothèques, la création de services adaptés aux publics touchés par un handicap, qu'il soit physique ou mental, reste délicate : plutôt que de créer des sections « à part » dans les établissements, gênante pour leurs usagers, les établissements s'attachent désormais à des politiques inclusives, au sein desquelles l'ensemble des services est accessible par tous.

 

Marie-Noëlle Andissac, conservatrice responsable de la politique d'accessibilité à la Bibliothèque de Toulouse, venue présenter quelques bonnes pratiques, a d'ailleurs rappelé que les professionnels et associations attendaient impatiemment 2015. L'ex-ministre de la Culture Aurélie Filippetti avait en effet promis des modifications législatives, pour, justement, lever les restrictions dans l'accès aux textes pour les dyslexiques.

 

« Elles devraient permettre l'extension des publics bénéficiaires du mécanisme de l'exception aux publics dyslexiques, l'amélioration de la productivité de l'activité d'adaptation, le partage plus systématique des documents adaptés entre organismes situés sur le territoire français et la transposition anticipée du traité de Marrakech permettant l'échange de fichiers adaptés entre pays disposant d'une exception au droit d'auteur », a-t-elle souligné à cette occasion.