La famille de Norman Rockwell fermement opposée à sa biographie

Antoine Oury - 11.12.2013

Edition - International - Norman Rockwell - biographie - famille


Quand vient l'heure d'ouvrir les placards, pas sûr que la famille fasse partie de ceux qui se réjouissent : celle de Norman Rockwell conteste en tout cas fermement l'interprétation de Deborah Solomon, à l'origine de la dernière biographie en date du peintre. Celle-ci souligne la récurrence des figures masculines dans ses oeuvres, comme une manifestation d'une homosexualité refoulée, ou du moins soigneusement réprimée.

 


2013-03-20: (78/365) Norman Rockwell Self-Portrait P1050085

(Dave LundyCC BY-ND 2.0)

 

 

Ils ont qualifié la biographie de « bio-fiction », ce qui n'est jamais un compliment pour un professionnel : American Mirror renvoie une image de l'icône de la peinture américaine qui ne satisfait pas vraiment sa famille. Deborah Solomon, l'auteure, développe dans l'ouvrage une thèse selon laquelle Rockwell aurait exprimé, dans ses peintures de la vie familiale américaine, une vision idéalisée qui n'aurait rien à voir avec sa propre existence, traversée par des difficultés familiales et une homosexualité réprimée, d'après Solomon.

 

Deux divorces et trois mariages, une attirance non dissimulée pour les corps masculins, souvent présents dans ces oeuvres, autant d'éléments qui ne trompent pas, selon American Mirror : « Il est possible de discerner un homoérotisme intense, ainsi qu'une volonté de se tenir à distance de ses propres désirs. » 

 

La famille a été mise à contribution pour mener l'étude à l'origine de la biographie, mais elle réfute aujourd'hui la thèse de l'ouvrage : « Le livre de Mme Solomon ne livre pas une étude approfondie ou factuelle de la vie et du travail de Norman Rockwell. À la place, elle concocte une vie fictive. Ce faisant, elle tente de falsifier tout ce que sa famille et le monde savent de lui. »

 

 Une analyse plutôt radicale, qui n'est néanmoins pas inédite, tant les proches d'un grand homme peuvent parfois se montrer pointilleux vis-à-vis des ouvrages relatifs à ces figures : le Christian Science Monitor rappelle le cas de Charles Schultz, présenté comme un père dépressif et mélancolique dans une biographie parue en 2007, Schulz and Peanuts, de David Michaelis, à l'origine d'une forte polémique.

 

L'année dernière, la maison Gallimard n'avait pas hésité à censurer un ouvrage sur Aragon qui abordait de front son homosexualité dans un chapitre : l'auteur, Daniel Bougnoux, n'avait rien pu faire face à la demande de l'exécuteur testamentaire du poète, Jean Ristat.