La fiction s'empare des protocoles d'enquête criminelle

Julien Helmlinger - 23.03.2015

Edition - International - Maxime Chattam - Roman policier - Polar - Gendarmerie nationale


L'enquête criminelle, entre réalité et fiction : l'auteur de polars Maxime Chattam, de son véritable nom Maxime Drouot, s'est prêté au jeu de l'interrogatoire. Il est venu accompagné de deux experts : un enquêteur de la Section de Recherche de la Gendarmerie de Paris, ainsi qu'un membre du PJGN (Pôle judiciaire de la Gendarmerie nationale), afin d'expliquer au public quelle était l'importance de la documentation dans le registre.

 

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Pour Maxime Chattam ainsi qu'aux yeux des gendarmes du panel d'intervenants, il y a de grandes différences entre la réalité et la fiction policières, visibles à bien des niveaux. La plus évidente concerne le fait que, dans un roman, les protagonistes semblent généralement mener qu'une seule enquête à la fois, tandis que dans la vraie vie elles peuvent être nombreuses. Or si tel était le cas en fiction, « le lecteur serait paumé », explique l'écrivain.

 

Avec le roman, certains protocoles rigoureux doivent être adaptés pour qu'un récit puisse rester « glamour ». Dans le cadre de la résolution des véritables affaires, beaucoup de prélèvements sont réalisés à l'attention du labo, mais tous ne seraient de loin pas analysés. En Gendarmerie, « on travaille sur des traces souvent dégradées, il faut savoir déterminer ce qui est pertinent ou non ». En revanche, pour le romancier, « on ne peut pas s'attarder sur des milliers d'hypothèses ».

 

Par ailleurs, chaque service de la Gendarmerie est « ultra-spécialisé ». L'un d'entre eux est notamment chargé de faire la synthèse des analyses de laboratoire, à destination des enquêteurs sur le terrain. La série télévisée Les Experts, « c'est la plus grande caricature ». Sur une scène de crime, un expert porte toujours un masque et tenue blanche, à usage unique, qui doit éviter que rien ne soit contaminé par son ADN. En somme, l'expert n'a pas le droit d'y laisser une goutte de sueur.

 

Disposer des bases, pour comprendre et raconter

 

Maxime Chattam est obligé de centraliser, de synthétiser de façon romanesque ces coulisses de l'investigation criminelle. Il admet tricher quelque peu avec la réalité, mais il se documente et pose des questions aux professionnels afin d'être au plus proche de la réalité. Il a notamment suivi une année d'étude en criminologie à l'université de Saint-Denis, « pour avoir des bases, comprendre en général la criminologie ainsi que la psychologie criminelle », éléments dont il nourrit ses œuvres.

 

« Il y a beaucoup de choses que l'on n'invente pas », explique l'écrivain. Il lui semble parfois impossible de penser comme eux, mais il a la chance de connaître des gendarmes, de pouvoir les écouter et d'essayer de mieux comprendre leurs quotidiens respectifs. Il a ainsi appris beaucoup de choses : que les enquêteurs sont habillés en civil, que certains ont des têtes qui font peur, ou encore que contrairement à ce qu'il souhaitait écrire pour La patience du Diable, on n'interpelle pas de nuit....

 

Sans compter avec le fait que le quotidien d'un gendarme, au travail, comporte environ 80 % de tâches de bureau, avec des procès verbaux fastidieux de quelque 60 pages. Les enquêteurs travaillent aussi avec magistrats et procureurs et ne savent pas toujours si une affaire est finalisée. Alors, « pour faire peur, on va parfois au-delà du protocole d'enquête ».

 

Finalement, à l'issue de la garde-à-vue, les deux gendarmes ont avoué que lire de la littérature policière ne leur réussit pas toujours. Ces lectures sont susceptibles de leur provoquer des « petites colères ». On les a quand même remis en liberté.