La fille d’un éditeur hongkongais disparu implore l’aide des États-Unis

Joséphine Leroy - 27.05.2016

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Angela Gui, la fille de l’éditeur Gui Minhai, demande aux États-Unis de l’aider à sécuriser la libération de son père éditeur qui avait été incarcéré pendant huit mois sans autre forme de procès. Elle s’est rendue ce 24 mai devant une commission du Congrès américain à Washington et a incité les États-Unis à faire pression sur le gouvernement chinois. 

 

Hong Kong

(barnyz / CC BY-NC-ND 2.0-)

 

 

L’éditeur Gui Minhai est l’un des cinq éditeurs ayant travaillé dans la maison d’édition Mighty Current, à Hong-Kong. La maison est connue pour avoir une ligne éditoriale osée : elle publie des ouvrages grivois en utilisant des politiques comme personnages. L’éditeur a disparu l’année dernière. 

 

Une histoire digne d’un polar 

 

Depuis octobre 2015, cinq employés de Mighty Current avaient disparu. Dès la découverte de ces disparitions, les États-Unis ont exigé que Beijing fournisse des explications et assure que l’engagement de la Chine en faveur de l’autonomie de Hong-Kong soit préservé. 

 

Il y avait de quoi s’inquiéter. Les trois libraires Lui Por, Cheung Chi-ping ou encore Lam Wing-Kee avait été incarcérés par la police, soupçonnés d’être impliqués dans une affaire dont on ne sait si elle a été inventée comme alibi par la police ou non : la police les accusait d’avoir participé à des « activités illégales sur le continent », mais aussi de faire partie d’une sombre affaire d’accident de voiture. 

 

C’est ici que le nom de Gui Minhai intervient. L’éditeur de Mighty Current était apparu dans une émission de télévision, sur une chaîne nationale, en janvier. Sous forme de confession, il avouait qu’il y a 11 ans, il avait été impliqué dans un accident de voiture tragique (un mort). 

 

Angela n’a plus eu de nouvelle de son père depuis son apparition à la télévision, un passage « évidemment commandé » par les autorités. Sa fille prend des précautions et rappelle qu’il n’y a eu aucune trace concrète de Gui Minhai depuis sa disparition, en novembre 2015, pendant les vacances de l’éditeur en Thaïlande, comme le rapporte Reuters. 

 

L’histoire était trop parfaite et un écrivain, Xi Nuo, est venu la démentir. De nationalité américaine, il avait utilisé un nom de plume pour se protéger. Et ce qu’il ajoute a entièrement remis en cause la version exposée à la télévision : l’écrivain aurait voulu publier un livre politiquement sensible sur Xi Jinping, le leader chinois, que la maison Mighty Current aurait voulu publier. « Pourquoi le gouvernement [chinois] ne vient-il pas à New York pour nous poursuivre ? », interrogeait-il. 

 

À l’international  

 

Amnesty International avait pointé du doigt l’attitude ridicule de la Chine : « Près de quatre mois après que les premiers hommes ont disparu, nous ne savons toujours pas où ils sont détenus, pour quels crimes, et s’ils sont même autorisés à rencontrer un avocat ou voir leur famille. Ces détentions tournent en dérision les prétentions du gouvernement chinois à “gouverner conformément à la loi”. Les autorités semblent penser qu’elles peuvent incarcérer des gens, les contraindre à écrire des lettres invraisemblables ou demander à leur famille d’assurer qu’elles collaborent activement aux enquêtes. » 

 

Si on a menacé Angela Gui, celle-ci précise qu’elle ne se taira pas : « Je suis convaincu que mon père aurait fait la même chose pour moi, si moi aussi j’avais été enlevée et détenue illégalement. » 

 

L’affaire se complique internationalement, avec la violation de l’accord passé entre la Chine et la Grande-Bretagne, lorsque celle-ci en a abandonné le contrôle en 1997. Après des années de colonisation, elle avait cédé Hong-Kong à la Chine. Le contrat promettait la préservation du mode de vie économique et législatif hongkongais (« un pays, deux systèmes »), mais il n’a visiblement pas été respecté par la Chine. Tim Godfray, le PDG de Booksellers Associations, a écrit au secrétaire des Affaires étrangères pour souligner l’importance du suivi dans ce type d’affaires. Lee Boo, le cinquième disparu, a pu retourner à Hong-Kong.

 

En janvier, des auteurs et éditeurs à travers le monde se sont mobilisés au sein de l’European and International Booksellers Federation : « Nous sollicitons également le gouvernement américain pour qu’il enquête sur les circonstances de ces disparitions et assure la libération de ces hommes. »