La fille de Jean-Louis Fournier obtient 5 pages pour répondre

Antoine Oury - 27.08.2013

Edition - Les maisons - Stock - Jean-Louis Fournier - La Servante du Seigneur


La fille du romancier Jean-Louis Fournier, sujet de son dernier livre La Servante du Seigneur, répond directement à son géniteur dans le même ouvrage, avec 5 pages en guise de postface au livre de l'écrivain, où elle expose sa propre version. Dans La Servante du Seigneur, une des sorties de la rentrée littéraire, Jean-Louis Fournier détaille le parcours de sa fille au sein d'un courant spirituel, sous l'influence d'un homme qu'il désigne comme son gourou...

 

 

 

 

L'écrivain laisse la parole à sa fille, à la fin de son livre, avec la formule « Je laisse à ma fille le mot de la fin », d'après Le Figaro. S'ensuivent cinq pages durant lesquelles Marie Fournier fournit son propre point de vue sur la conversion dont son père fait état de le livre. A propos de l'ouvrage de son géniteur, elle explique : « En tant que “chef-d'œuvre” cubiste de Jean-Louis Fournier, j'aurais préféré que ce dernier le garde accroché dans sa maison. Il avait promis. Par générosité, il a voulu en faire profiter tout un chacun », écrit-elle notamment.

 

Contactée par ActuaLitté, la maison d'édition Stock nous confirme que les fameuses pages ne sont pas le fruit d'une décision judiciaire, mais d'un accord à l'amiable entre le père et sa fille. Celle-ci n'aurait pas apprécié l'utilisation de son expérience personnelle dans l'ouvrage, ou encore la description en gourou de l'homme qui l'a introduite à la religion, nommé « Monseigneur » par Jean-Louis Fournier. 

 

Le Figaro souligne que deux exemplaires de l'ouvrage seront en circulation, l'un sans les 5 pages, et l'autre avec, mais les éditions Stock ont répondu qu'une seule version avait été imprimée, et que l'ouvrage disponible en librairie comporterait donc l'addendum de la fille de Jean-Louis Fournier.

 

L'Express avait publié un extrait de cet ouvrage

J'ai égaré ma fille. 

Je suis retourné à l'endroit où je l'avais laissée, elle n'y était plus. 

J'ai cherché partout. 

J'ai fouillé les forêts, j'ai sondé les lacs, j'ai passé le sable au tamis, j'ai cardé les nuages, j'ai filtré la mer... 

Je l'ai retrouvée. 

Elle a bien changé. 

Je l'ai à peine reconnue. 

Elle est grave, elle est sérieuse, elle dit des mots qu'elle ne disait pas avant, elle parle comme un livre. 

Je me demande si c'est vraiment elle. 

Tu étais charmante et drôle. 

Elle est devenue une dame grise, sérieuse comme un pape. 

Elle est sévère, elle plaisante moins, elle est dogmatique, autoritaire, elle aime bien faire la morale aux autres. 

Les autres, ceux qui ont toujours tort. 

Tu t'habillais fort joliment de couleurs vives, tu n'avais pas peur d'être excentrique, même parfois extravagante, tu dénichais aux puces, pour une misère, des fringues étonnantes. 

Elle ne se maquille plus. Elle est toujours belle, elle ressemble à un officier de l'Armée du Salut. 

Maintenant, elle porte du classique, des vêtements sombres, couleur muraille. 

Le loden avant la bure? 

Tu te souviens? 

Un jour, tu m'as demandé ce que je penserais si tu étais religieuse. 

C'était il y a plus de dix ans, on venait d'emménager dans notre maison de Paris. Je t'ai répondu tout de suite que je serais flatté. J'ai même ajouté: "Dieu est très fair play avec moi. Après tout ce que j'ai écrit sur lui, il me donne une fille religieuse. Il n'est pas rancunier." 

J'ai cru que tu allais entrer dans les ordres, chez les carmélites ou les dominicaines. 

Tu aurais fait une belle religieuse. 

J'ai imaginé la scène de prise d'habit. Les fleurs blanches partout, les lys à l'odeur entêtante, les grandes orgues triomphales. Toi, rayonnante comme tu l'étais avant, d'abord en robe de mariée, puis en robe de religieuse, allongée sur le sol en signe de soumission devant Dieu. 

Puis ton visage radieux, tes parents en dimanche et en larmes, conscients d'offrir à Dieu le plus beau des cadeaux. De lui donner ce qu'on a fait de mieux, notre chef-d'oeuvre. 

Qu'est-ce que tu pensais, à l'époque? Pensais-tu sérieusement être religieuse, ou tu tâtais le terrain? 

Tu sais bien que je ne suis pas anticlérical, ni agnostique, ni athée. Peut-être panthéiste, tendance iconoclaste. 

Je n'aime pas qu'on se moque des curés, je préfère le faire moi-même. 

Je l'ai entendue, après, dire du mal de l'Église catholique actuelle, des couvents, des prêtres, des moines, des fidèles. J'avais de la peine à penser qu'elle pouvait entrer dans cette Église-là. 

Elle est entrée en religion, mais laquelle? 

Il y a plus de dix ans, elle a décidé de quitter la ville, elle va s'installer sur la côte. 

Elle préfère le matin, quand elle ouvre les volets, voir la mer plutôt qu'un panneau publicitaire, entendre les mouettes plutôt que le chant des camionnettes. 

Elle sera plus tranquille pour travailler. Ses travaux, elle pourra les envoyer à vol d'oiseau, ou par mail. 

C'est ce qu'elle m'a dit. Je l'ai crue. 

Elle me propose de venir la voir là-bas, il y aura une chambre pour moi. 

Je n'oublie pas le triste déjeuner avant son départ. Le restaurant s'appelait le Restaurant des Soupirs. 

C'était un après-midi d'hiver, il faisait sombre. Elle est partie dans la pénombre. 

On se téléphone régulièrement, elle me parle de la couleur de la mer, de la couleur du ciel, et de Toto, son chat. 

De moins en moins de son métier de graphiste. 

 

Un peu plus loin, il raconte la rencontre avecle "gourou" : 

 

J'ai fait la connaissance de Monseigneur. Il est habillé en noir, il a des bottines qui brillent et des oreilles pointues comme Belzébuth.
Je te l'ai fait remarquer, tu as ri.
On a dîné tous les trois. Quand elle parle, il la regarde avec dévotion. Quoi qu'elle dise, même « passe-moi le sel », Monseigneur est aux anges. Il m'a plusieurs fois dit, au cours du repas, « votre fille est extraordinaire ».
Je n'ai pas besoin de lui pour le savoir. Tu n'es pas comme les autres.
Tu es beaucoup mieux que les autres.