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La fille de Lacan envisage une action contre la biographe de son père

Clément Solym - 11.09.2011

Edition - Justice - lacan - enterrement - biographe


Cette année, ce sera le trentenaire de la mort de Jacques Lacan. Et comme pour tout clocher, les querelles reviennent sur le devant de la scène. En l’occurrence, nous avons d’un côté les héritiers légaux, et de l’autre, ceux qui se revendiquent d’une filiation intellectuelle. Et la guerre fait rage.

Judith Lacan-Miller, fille de Jacques, est mariée à Jacques-Alain Miller, qui est détenteur du droit moral sur les oeuvres du psychanalyste. Face à eux, Élisabeth Roudinesco, qui a publié Lacan, envers et contre tout, et peut-être même, contre tous. Dans cette biographie, parue le 1er septembre, l'auteure remet notamment en cause la légitimité de la fille Lacan et de son mari.

Pour des raisons logistiques, tout d’abord, puisque pour son enterrement, les dernières volontés du psychanalyste n’auraient pas été respectées, insiste-t-elle.

Or, l'auteure s’apprête tout de même à parcourir la France, pour une série de conférences et de manifestations organisées pour célébrer le trentenaire. L’occasion pour les éditions du Seuil de republier quelques ouvrages de Lacan, dont l’éditeur détient les droits - mais toujours pas en version numérique, il faudra patienter encore.

Dans son ouvrage, un bilan du travail lacanien et de son incidence, autant que de sa modernité, Élisabeth Roudinesco met aussi les pieds dans le plat, tout en rhétorique : « Sans doute m'étais-je imaginé à tort qu'un travail serein, fondé sur une approche critique, serait de nature à apaiser les passions. » Et en attaquant personnellement la fille de Lacan, on se demande bien comment elle voulait apaiser les passions...

Lacan tonnait

Eh bien la réponse n’aura pas tardé. Judith Miller, dans Le Point, répond bec et ongle à cette « dame qui a fait l’essentiel de sa carrière comme biographe de mon père ». Si les mots ont un sens, ici, le message est clair.

Et devant le travail d’historienne que Roudinesco revendique, Judith s’impatiente : « C'est une plaisanterie. Cela fait vingt ans que cette dame mystifie la planète entière en faisant croire qu'elle a très bien connu Lacan. Elle répand de lui un portrait odieux. Étant sa fille, je l'ai chéri, mais je me suis tue jusqu'ici, parce que la mémoire de Lacan se défend très bien toute seule et que son enseignement n'appartient pas à sa famille : il est livré à qui l'étudie. »


Mais impossible de la laisser écrire ce que le livre paru chez Seuil annonce. L’action en justice est envisagée, clairement, et Judith Miller bien décidée à ne pas se laisser faire.