La FILPAC-CGT appelle à l'union des travailleurs de la filière livre

Antoine Oury - 26.03.2014

Edition - Société - filière du livre - FILPAC-CGT - librairie indépendante


Ils étaient présents, le dernier jour du Salon du Livre de Paris, à l'entrée du Parc des Expositions : militants ou sympathisants, ils distribuaient des tracts de la FILPAC-CGT, organisation syndicale, appelant à la création d'une plateforme revendicatrice unificatrice pour tous les métiers du livre - imprimeurs, éditeurs, libraires.

 

 

Salon du Livre de Paris 2014

Le Salon du Livre de Paris 2014 (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0

 

 

Le Salon du Livre, particulièrement pendant la journée professionnelle du lundi, semblait l'endroit idéal pour tracter : la FILPAC-CGT entend rassembler les professionnels du livre autour d'une « plateforme revendicative unificatrice et porteuse de mobilisations sociales essentielles à l'avenir de la filière et à celles et ceux qui y travaillent ».

 

Observant les fermetures successives de chaînes de librairies et de librairies indépendantes, mais aussi l'octroi d'aides publiques à Amazon lors de la construction d'entrepôts logistiques, l'organisation syndicale juge nécessaire la mise en place de quelques mesures, listées dans le tract distribué : 

  • Renforcement de la loi Lang concernant le prix unique
  • Mise en place d'un comptoir national de type coopératif
  • Obligation pour les collectivités territoriales de passer des appels d'offres auprès des libraires indépendants de proximité
  • Éxonération de taxes locales pour les librairies indépendantes durant les cinq premières années d'installation, et prêts bancaires à taux zéro
  • Obligation pour toute commune ou communauté de communes de plus de dix mille habitants d'avoir un lieu de vente de livres de proximité
  • Interdiction de commerce pour toute enseigne commerciale ne payant pas d'impôts, ni taxes sur le chiffre d'affaires des ventes de livres ou de téléchargements sur le territoire national
  • Interdiction de vente de livres ou de téléchargements pour les sociétés ne respectant pas la loi Lang, et/ou organisant l'évasion fiscale
  • Création d'une convention collective commune à tous les salariés de la filière du Livre avec une protection sociale complémentaire de qualité

Ce versant du tract est clairement orienté vers la défense de la librairie indépendante. On y retrouve d'ailleurs une proposition, la mise en place d'un comptoir national coopératif pour faciliter la circulation des livres, directement tirée de l'Association de Défense des Métiers du Livre (ADML) menée par un certain nombre de libraires indépendants.

 

L'autre versant s'intéresse à la mise à mal de deux autres pans de l'industrie livresque, celui de l'imprimerie, et les auteurs : 

  • Facturation de l'impression de l'ouvrage permettant de couvrir l'ensemble des coûts de production, mais également les investissements des imprimeries
  • Mise en place d'une coopérative d'achat de papier et d'encre pour l'ensemble des imprimeries
  • Mise en place d'une banque publique d'investissement prêtant à des taux inférieurs à ceux en cours
  • Mise en place de circuits courts édition-impression-distribution par la mise en place d'une taxe à l'import
  • Rapatriement immédiat de l'impression de tous les ouvrages scolaires et scientifiques et leur diffusion via les librairies de proximité
  • Augmentation des droits d'auteur pour toutes nouvelles créations éditoriales
  • Paiement de droits d'auteurs identiques et ce quelles que soient les modalités de diffusion

 

La plupart des mesures s'appuient ainsi sur un protectionnisme du marché français, face à des pratiques d'impression qui auraient tendance à s'exporter, notamment en Chine, où les coûts sont sensiblement moins élevés. D'autres propositions semblent à préciser, en particulier celle sur les droits d'auteur identiques, et nous ne manquerons pas de relayer ces précisions.

 

Le SLF, Gallimard, Éditis et Hachette, main dans la main pour dumper l'édition ?

 

Dans la dernière partie de son tract, la FILPAC-CGT ne se montre pas tendre avec les institutions chargées de garantir le bien-être et la défense des employés du secteur. Le Syndicat de la Librairie Française, tout particulièrement, est attaqué : « Quant au secteur conventionnel de la « Librairie », la déqualification majeure entrepris[e] par le Syndicat de la Librairie Française en substituant le statut de libraire par celui de vendeur, n'est pas en reste dans le recul social entrepris par tous les acteurs économiques de la filière. »

 

Par ailleurs, le tract pointe « [l]es actionnaires des grands groupes d'édition Hachette, Editis, Gallimard [qui] totalisent près de la moitié des 3 milliards du chiffre d'affaires du secteur et ne connaissent pas la crise ». « On ne peut pas en dire autant des salariés qui y travaillent », ajoute le tract avant de lister les mauvaises conditions de travail des employés du secteur : stagnation des salaires, multiplication des ruptures conventionnelles, explosion des horaires de travail...

 

Pour y remédier, la FILPAC-CGT émet les propositions suivantes : 

  • Une autre répartition des richesses créées par les salarié(e)s de la filière passant par une augmentation immédiate des salaires de plus de 10 %, avec un salaire plancher minimum à 1700 euros
  • L'arrêt immédiat des plans de licenciements, dans tous les groupes et entreprises versant des dividendes et/ou dégageant un excédent brut d'exploitation positif
  • Mise en place d'une nouvelle grille de qualifications de la Librairie
  • Mise en place d'un plan de formation inter-secteurs aux nouveaux métiers
  • Construction à court terme d'un statut du salarié de la filière professionnelle du Livre reposant sur une couverture conventionnelle unique, une protection sociale complémentaire de haut niveau

 L'ensemble des revendications est à retrouver ci-dessous.