La fin de la lune de miel entre Amazon et ses actionnaires

Clément Solym - 29.04.2014

Edition - Economie - investisseurs - Amazon - parts de marché


La semaine passée, Amazon dévoilait ses résultats financiers pour le deuxième trimestre, et malgré une bien meilleure croissance du chiffre d'affaires, et de nombreuses initiatives innovantes, la société accuse le coup de marges brutes bénéficiaires en berne. Les dépenses de la firme sont très nombreuses, et en dépit de la hausse des revenus, le profit n'est pas vraiment celui qu'espèrent les actionnaires aujourd'hui. 

 

 Wall Street

Manu_H, CC BY 2.0

 

 

Entre les entrepôts qui s'ouvrent ici et là, les frais d'expéditions qui ont augmenté sévèrement, la firme n'est pour autant pas à plaindre. Sauf si l'on se place d'un point de vue strictement boursier : Wall Street semble légèrement agacée par les reports permanents. Et la direction du groupe commence à donner des sueurs froides aux investisseurs. La perte sur le résultat d'exploitation en chute. L'an passé, il était de 79 millions, et pourrait tomber de nouveau.

 

Le projet de Bezos, que de naviguer avec des marges ultra réduites pour s'assurer une domination complète du marché en ligne, n'a pas manqué son but. Mais désormais, ce sont les vrais patrons, derrière le patron, qui donnent de la voix. Les actions, peu après l'annonce des résultats financiers, avaient perdu 10 % de leur valeur. Et si l'on suit bien la courbe qui n'avait cessé de croître entre mai 2013 et janvier 2014, avec un pic à 399,61 le 17 janvier, la valeur est retombée à 303 $ aujourd'hui…

 

Sachant que la société continue sa croissance dans les ventes, et que son chiffre d'affaires ne cesse de croître, de trimestre en trimestre, les analystes, très forts à ce jeu, spéculent. D'un côté, on a donc les multiples partenariats tissés pour la diffusion de contenus - comme l'accord de licence avec HBO, pour plusieurs séries télévisées particulièrement populaires. Jeff Bezos s'était gargarisé d'avoir trouvé l'occasion d'une offre de télévision connectée avec le Fire TV, boîtier spécifique et estampillé Amazon, évidemment.

 

C'est peut-être là l'une des solutions, considère-t-on, pour que la firme renoue avec des profits plus conformes aux attentes des actionnaires, mais l'horizon s'est largement assombri, et pour l'heure, la lune de miel vire à la soirée plateau-télé, justement.

 

Pourtant, avec 19,74 milliards $ de ventes globales, contre 16,07 milliards $ à données comparables, difficile de ne pas se demander si quelque chose n'est finalement pas pourri dans la stratégie globale. Surtout quand la firme annonce, sans sourciller, que les pertes pourraient s'évaluer à 455 millions $ pour la prochaine période. Finalement, estiment certains économistes, tant que la société ne renouera pas avec les bénéfices, franchement, elle pourrait subir la dure loi du marché capitaliste. 

 

Pas certain que cela rende le sourire aux sociétés qui s'estiment aujourd'hui victimes de la forte concurrence exercée par le marchand. Surtout qu'en dépit de tout bon sens, les investisseurs, dont la foi est mise à rude épreuve, font manifestement preuve d'une confiance qui « défie les lois de la gravité ». Alors que le capital nécessaire pour renflouer les investissements est de plus en plus important - et difficile à trouver - pour financer l'entreprise, ces derniers ne quittent pour autant pas le navire.