Bnf Partenariats, une offre légale qui "contrecarre le pillage des fonds"

La rédaction - 19.09.2014

Edition - Bibliothèques - BnF Partenariat - numérisation bibliothèque - domaine public


La collection de livres du domaine public, numérisés et commercialisés par l'intermédiaire de la filiale marchande BnF Partenariats, fait couler de l'encre. Il nous a semblé important de souligner que l'utilisation de l'argent public, en vue d'une revente d'oeuvres du domaine public, n'était pas la méthode la plus respectueuse de la mission de service public. Frédéric Douin, des éditions X, nous a adressé un courrier dans lequel il manifeste un vif désaccord sur les idées défendues. Selon lui, cette approche est au contraire plutôt vertueuse. Nous reproduisons sa lettre dans son intégralité.

 

La BNF

Florent Le Gall, CC BY SA 2.0

 

 

Monsieur, 

 

Je m'insurge contre votre article intitulé « BnF : patrimoine numérisé et vendu, on se “moque un peu du monde” » et souhaiterais y apporter pour vos lecteurs un point de vue différent !

 

Afin d'étayer mes propos, il me semble nécessaire de présenter en quelques lignes mon expérience professionnelle des douze dernières années. En 2002, après une carrière technique et commerciale dans différentes sociétés de service informatique, j'ai créé ma propre activité. J'ai démarré une société d'achat/vente de livres anciens et d'occasion avec une boutique physique et bien sûr une boutique en ligne, les éditions Douin. Par la suite, j'ai commencé à numériser des ouvrages anciens et à fabriquer des livres numériques.

 

De 2008 à 2012, j'ai été à l'origine de la création d'une société de distribution de livres numériques qui était partenaire du programme Gallica 2 et du CNL. Depuis lors, pendant mes loisirs, je continue à numériser des livres anciens et les réédite en papier et en numérique. 

 

Pendant toutes ces années, j'ai suivi en détail toutes les étapes qui ont amené la BNF à :

  • mettre en ligne des millions d'ouvrages numérisés.
  • fabriquer ses premiers EPUB pour une mise en ligne gratuite sur Gallica.

Pendant des années, et ce à chaque fois que je voulais numériser un livre ancien que j'avais entre les mains grâce à mon activité de libraire, je sondais le marché des librairies en ligne afin de vérifier s'il était disponible en réédition ou en numérique. Et là, je me suis rendu compte du « phénomène » ! Des milliers de livres numérisés par la BNF ont été volés par des entités étrangères pour être commercialisés sous format papier en impression à la demande ou en numérique. Et aujourd'hui, c'est gigantesque ! Impossible de chercher un livre ancien sur internet sans tomber sur des dizaines de rééditions frauduleuses. En résumé, des sociétés étrangères se font de l'argent avec nos impôts ! 

 

Heureusement, la BNF a dignement réagi grâce à son entité BNFP qui signe des accords privé-public. J'ai moi-même participé à l'un de ces projets pour distribuer en impression à la demande des milliers de titres numérisés par la BNF. Avec trois partenaires actifs sur ce sujet, nous avons enfin une offre légale qui contrecarre ces éditions pirates. De mémoire, dans le cadre de ce projet, BNFP n'avançait aucun budget et recevait un pourcentage sur les ventes ; ce qui permet de trouver du financement pour aider la BNF dans sa mission de numérisation des fonds. 

 

Il en est de même pour les EPUB ! Des fichiers mis en ligne sur Gallica ont été volés et on en retrouve beaucoup sur les plateformes de vente en ligne ou sur des sites marchands moins connus. 

 

Là aussi, BNFP réagit grâce à l'investissement d'un partenaire et sur son budget propre à la création d'une collection de nouveaux EPUB, c'est-à-dire :

  • sélection des œuvres
  • récupération des images numérisées de la BNF
  • OCR, double correction et relecture du texte
  • Création de l'EPUB, de sa couverture et des métadonnées
  • Mise en ligne chez le distributeur numérique

Et je dis bravo ! Le tout gratuit, c'est bien, mais il faudrait un jour cesser d'être naïf. Pourquoi les impôts des Français devraient servir aux intérêts financiers des entreprises étrangères, lesquelles ont vite « flairé le filon » et doivent bien rire ! Je les entends comme si j'y étais… « Qu'ils sont gentils et naïfs ces Français... Ils mettent en ligne gratuitement des milliers de livres… On a plus qu'à se servir ».

La France a la chance de posséder une histoire et un patrimoine exceptionnels, ce qui devrait être un atout majeur pour notre économie alors que nous sommes suffisamment « idiots » pour ne pas en profiter. 

 

On a des scrupules, on joue les « grands seigneurs » mais nous n'en avons plus les moyens ! 

Messieurs les politiques, réveillez-vous ! La vie est dure et n'est qu'un combat perpétuel. L'économie mondiale est une chance si on sait la saisir ! Bougeons-nous ! 

 

Alors, BNFP, j'espère que vous continuerez dans cette voie et de ce fait que vous contribuerez à la baisse de nos impôts.  

 

Frédéric Douin

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