La fiscalité d'Amazon augmente, les prix avec, les ventes baissent

Nicolas Gary - 23.04.2014

Edition - Economie - fiscalité - Amazon - Jeff Bezos


La guerre des prix, toujours les plus bas possibles, proposée par Amazon a pour conséquence… de faire fuir les clients, quand les prix augmentent. On récolte ce que l'on sème, souligne une étude de l'Ohio State University. Ces derniers ont montré que, dans les États où Amazon avait introduit une augmentation des prix, qui reflète les taxes dues, les ventes ont singulièrement baissé.

 

 

#328 - Carton amazon

Laurence Vagner, CC BY NC SA 2.0, sur Flickr

 

 

Dans les États qui sont parvenus à imposer la fiscalité liée aux entreprises, les ménages ont réduit leurs dépenses de 10 % en regard des États où cette taxation n'est pas appliquée. Et pour les achats supérieurs à 300 $, les ventes ont diminué de 24 %. La Tax Amazon fait donc mal au marchand, ainsi qu'il l'avait plusieurs fois souligné.

 

Les chercheurs à l'origine de cette étude ont passé au crible 2,8 millions de foyers entre le 1er janvier 2012 et le 31 décembre 2013. Les analyses ont été anonymisées, mais l'on sait qu'un tiers des foyers résident en Californie, au New Jersey, en Pennsylvanie, au Texas et en Virginie. Ces États ont instauré la taxe Amazon au cours de la période couverte.

 

L'étude s'est consacrée aux acheteurs qui avaient dépensé plus de 100 $ au cours des six premiers mois de l'année 2012, et ont suivi leurs dépenses au fil du temps. Or, la réaction des foyers a été immédiate, avec précisément 9,5 % de baisse des achats, en valeur. 

 

Pour les États-Unis, les pertes liées à la fiscalité des entreprises en ligne sont évaluées à 23 milliards $ annuellement. Ty Rogers, responsable communication du groupe note tout de même que, comme le confirmerait l'étude, « Amazon propose les prix les plus bas, avec ou sans taxe ». Avec ou sans, certes, mais ce n'est pas faute, pour la firme, d'avoir combattu de toutes ses forces l'instauration de la taxe en question. 

 

Les boutiques physiques, outre-Atlantique, doivent s'acquitter d'un impôt que les vendeurs en ligne tentent de contourner. Ces derniers prétextent qu'ils ne disposent pas de boutiques à proprement parler dans les États, mais de centre de distribution et d'entrepôts logistiques, qui ne sont que des relais d'expédition des colis. 

 

Si la taxation introduit une baisse du chiffre d'affaires, la firme ne devrait pas continuer de sourire. Surtout que cette fiscalité représente l'un des avantages les plus importants pour la société de Jeff Bezos en regard des boutiques de briques et de mortier.

 

Dans le même ordre d'idée, Amazon s'est fait coincer par le Fisc américain, annonce l'agence Reuters. Les États-Unis sont parvenus à rapatrier une partie de l'argent accumulé en Europe, vers le territoire américain. Amazon et l'IRS ont été en conflit durant des années autour de Amazon Europe Holding, qui dispose d'un droit de licence sur les technologies américaines. Or, le fisc US reprochait à cette filiale de n'avoir pas assez versé d'impôts, et réclamait 110 millions $ supplémentaires. 

 

En 2012, Amazon avait versé 408 millions €, soit une hausse de 229 millions € par rapport à 2011, et en 2013, 420 millions €, sans expliquer pourquoi les versements avaient augmenté. Richard Murphy, fiscaliste américain, estime qu'il s'agit certainement d'une négociation entre Amazon et l'IRS, et non d'une initiative spontanée de la firme. Dans tous les cas, il semble que la procédure judiciaire qui opposait les deux parties ait pris fin…