La fragilité du papier est un bug, pas une qualité (Cory Doctorow)

Clément Solym - 09.03.2011

Edition - Société - papier - fragile - bug


L'éditeur HarperCollins a fait scandale : en annonçant que désormais, les bibliothèques devraient racheter un ebook dès lors qu'il aurait été emprunté plus de 26 fois, la maison, filiale de NewsCorp, a provoqué une levée de boucliers. L'intervention de Cory Doctorow dans le débat n'a pas montré l'éditeur sous son meilleur jour.

Car l'auteur titre fort, dans une chronique : La fragilité du papier est un bug, pas une qualité. Et pour cause : selon l'éditeur HC, le chiffre de 26 emprunts maximum est calqué sur le fait qu'un livre papier serait inutilisable après être passé par 26 paires de mains. (notre actualitté)

Mais quel rapport s'interroge Cory ? « La chose importante à comprendre, c'est que le côté éphémère d'un livre imprimé n'est pas une caractéristique que nous devrions chercher à reproduire dans les médias. » Un appel au boycott de l'éditeur avait découlé de leur décision. (notre actualitté)

Un livre n'a rien à voir avec un journal, conçu « pratiquement pour s'autodétruire après une seule lecture », explique Cory. Un mensuel, lu et manipulé durant trente jours par les usagers d'une bibliothèque serait dans un état pitoyable. Sauf que l'existence de la numérisation sur microfilms a permis d'accéder aux archives de la presse, sans aucune limitation.

En décidant de limiter à 26 prêts ses livres numériques, HarperCollins permet également de se demander quelle est la valeur de ses livres papier. Sont-ils inutilisables après 26 prêts ? Quelle belle preuve d'attention à la qualité des livres que l'on commercialise ! Mais... ne fait-on pas attention à un livre que l'on nous prête ? L'état d'un bouquin ne dépend-il pas bien plutôt de ce que celui à qui on le prête va en prendre soin ? (Via Guardian)

Mais dans tous les cas, note Cory, que ce soit 26 prêts ou 200, qu'importe, il reste étrange de mettre en avant cette limite du livre papier, lorsque le livre numérique n'en dispose d'aucunes, naturellement. À moins qu'on le truffe d'un système de verrouillage. Car l'ebook ne s'use pas. Prétendre le contraire, c'est se placer du côté des anti, plutôt que des pro, estime Cory.

Ce serait le même système pour un éditeur que de réclamer un préjudice dès lors qu'une bibliothèque achète plutôt une version de poche et non une première édition...

HarperCollins avait tenté de répondre, en expliquant qu'en réalité, les DRM, c'était bon pour la santé...


Merci à FennNatenn, via Twitter