La fusion de Penguin et Random House devant la justice américaine

Clément Solym - 05.11.2012

Edition - Justice - Penguin - Random House - joint-venture


L'histoire d'une fusion entre Random House et Penguin, c'est l'aventure éditoriale du XXIe siècle. Ce rapprochement entre deux géants de l'édition anglophone en manquera pas de bouleverser le paysage de l'édition - mais uniquement à compter de la mi-2013, ont assuré leurs propriétaires respectifs. 

 

 

books galore!

Le spectre de Penguin dans les tribunaux ?

lorisgirl, (CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

Ainsi, Pearson, patron de Penguin, et Bertelsmann, détenteur de Random House ont décidé de mettre en place une joint-venture, réunissant leurs deux groupes d'édition, baptisée Penguin Random House. Et pour principale motivation à ce rapprochement, les groupes évoquent une réduction des coûts de production, ainsi qu'un effort porté sur l'évolution numérique du livre, et la réalisation de projets innovants. 

 

Avec des bénéfices de 259 millions $ pour Random House et 179 millions $ pour Penguin, bien qu'en légère baisse, les deux sociétés sont rentables -mais pourraient l'être bien plus. Et l'on viendrait presque nous jouer la complainte du pauvre éditeur, face aux géants du commerce aujourd'hui. Une complainte qui ne sonne pourtant pas si faux, dans le cas de l'enquête antitrust impulsée par le ministère de la Justice. 

 

Collusion et entente

 

Il fallait ne pas se tenir devant un écran ces derniers mois pour avoir raté l'aventure judiciaire : cinq éditeurs et Apple sont accusés d'entente, portant sur la fixation du prix de vente des livres numériques. Une monstrueuse procédure juridique se met en branle, et finalement, trois des cinq accusés décident de faire machine arrière. Hachette Book Group, Simon & Schuster et HarperCollins décidaient de signer l'accord proposé par le DoJ, pour se retirer au plus tôt de l'affaire. 

 

Restaient alors Apple, Macmillan et... Penguin, qui réfutaient en masse les accusations, et préféraient prendre part au procès pour défendre leurs droits. Tous trois contestent la moindre collusion - autant que les trois éditeurs qui ont toutefois souscrit à l'accord. Sauf que le rapprochement de Penguin avec Random House, qui n'a au demeurant jamais été inquiété ni mis en cause par le DoJ, risque de poser quelques petites complications. 

 

Selon plusieurs sources, Penguin se prépare bien au procès, prévu pour juin 2013, mais les discussions autour de la création d'une joint-venture pourraient entraîner une modification de ses positions sur le règlement. Surtout que Bertelsmann sera détenteur de 53 % des parts, contre 47 % pour Pearson. De quoi faire peser plus fortement l'avis de l'Allemand. 

 

Le manchot quitterait la barre ?

 

Un départ de Penguin ne changerait rien à la position d'Apple, c'est certain. Il se joue dans cette affaire bien plus qu'une simple question de fixation du prix de vente des ebooks ; en sous-main, on trouve Amazon, qui s'est toujours opposé au contrat d'agence, défendu par Apple, et servi sur un plateau d'argent aux éditeurs. Dans ce procès, c'est donc Apple contre Amazon, les éditeurs ne servant que de prétexte à la confrontation. 

 

Qu'en serait-il de Macmillan ? C'est plus difficile à dire. Seul éditeur à la barre pour plaider sa cause, il est compliqué de déterminer quelle position il adopterait - d'autant plus que Random House n'ayant jamais eu à se positionner, la stratégie qu'adopteront les groupes Pearson et Bertelsmann relève du grand mystère. 

 

Depuis quelques semaines, les consommateurs commencent à recevoir des notifications, expliquant les tenants et aboutissants du règlement proposé par le DoJ. Selon leurs achats, ils seront remboursés de 25 cents à 1,32 $. De quoi comprendre combien cette histoire relève du symbole autant que de la guerre de positions entre la firme de Seattle et celle de Cupertino.

 

Il faudra prochainement partager 69 millions $ entre les différents clients lésés. De son côté, Amazon a été appelé à comparaître, enfin, dans cette affaire, mais le cybermarchand tient réellement à ne pas s'impliquer autrement qu'en éminence grise : un recours a rapidement été déposé pour faire annuler la convocation. 

 

L'avenir forcera donc Random House à se positionner, là où l'éditeur n'avait pour l'heure pas eu à intervenir. John Makinson, PDG de Penguin, a clairement expliqué que cette fusion pourrait modifier la position de sa société concernant le procès, sans préciser toutefois si le renfort des avocats de Random House ne serait pas une aide précieuse pour faire tomber le règlement...