La fusion de Random House et Penguin : une hydre en puissance

Clément Solym - 15.02.2013

Edition - Economie - Random House - Penguin - Fusion


Les groupes Bertelsmann et Pearson, qui avaient annoncé le rapprochement de leurs sociétés éditoriales Penguin et Random House, ont passé le dernier point de contrôle avant qu'une fusion définitive n'ait lieu. En effet, l'accord que les deux groupes ont signé en octobre 2012, a été validé par le département américain de la Justice. Ça, c'est fait, donc.

 

 

 

 

« Nous avons clos notre enquête et n'avons pris aucune mesure », assure un porte-parole du ministère de la Justice. La société ainsi constituée sera détenue à 53 % par Bertelsmann et 47 % par Pearson. 

 

Les deux grands groupes ne formeront bientôt plus qu'un conglomérat unique dans le monde de l'édition, avec une fusion démesurée - mais auparavant, il faudra encore obtenir l'approbation des autorités de la concurrence, en Europe et au Canada. Avant que Penguin Random House ne voie définitivement le jour, il se passera encore quelques heures. Et sous réserve encore que d'autres autorités de la concurrence dans plusieurs pays, s'expriment en faveur de cette fusion. 

 

La période de transition qui s'amorce marque cependant la fin d'une ère. 

 

D'abord, d'un point de vue éditorial : la société va produire probablement 50 % de la fiction littéraire produite en langue anglaise. Et selon les différents chiffres avancés, ce serait de 25 à 30 % de la production de livres en langue anglaise que PRH détiendra. Pour les éditeurs indépendants, la situation va prendre un tour plutôt complexe : tant au niveau médiatique dans dans les librairies, il sera plus compliqué de se faire une petite place. Pour les librairies, d'ailleurs, un créancier de ce genre va avoir un poids monstrueux. 

 

Bien entendu, pas pour toutes les librairies, mais les géants de l'industrie, Barnes & Noble, Kobo ou Amazon, et Google, la société nouvelle aura une taille qui commencera à lui permettre de peser dans les échanges.

 

Dans ce contexte, qu'est-ce qui a donc pu décider le ministère de la Justice à considérer qu'il n'y avait aucun problème de concurrence ? C'est que, si les deux groupes fusionnent, ils pèseront près de 3 milliards $, quand Amazon en a réalisé 100 (des milliards) de chiffre d'affaires. Donc, même si les deux groupes représentent une puissance non négligeable dans l'ensemble de l'industrie du livre, tout cela n'est finalement qu'une goutte d'eau. 

 

Les deux sociétés espèrent conclure leur accord au cours de la seconde moitié de l'année.

 

Et sans même parler du réseau Bookish, lancé officiellement la semaine passée, et qui réunit les plus grands éditeurs américains autour d'un site promotionnel.« En fin de compte, nous cherchons à étendre le marché global pour les livres et qu'importe si l'un d'eux tombe dans les mains d'un lecteur, par le biais d'un partenaire marchand de Bookish ou d'un autre détaillant dans le monde, tout le monde gagne - depuis l'éditeur, le revendeur, l'auteur jusqu'au lecteur », assurait le PDG Ardy Khazaei.

 

Avec une hydre à deux têtes qui va dévorer clairement ses concurrents.