“La gabegie” du Pass Culture, pas près de s'arrêter, rassure Franck Riester

Victor De Sepausy - 04.12.2019

Edition - Economie - Pass Culture France - jeunes ministère Culture - achats bien culturels


On en conclura certainement dans quelques années qu’il s’était agi d’une fausse bonne idée, poussée par l’exécutif fraîchement arrivé au pouvoir. D’ici planchent les uns et les autres, pour que fonctionne le Pass Culture, cette cagnotte de 500 € destinée aux jeunes de 18 ans. Et toutes les tentatives pour en légitimer l’existence sont bonnes.

Franck Riester, ministre de la Culture
En VR, ça marche ! ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Voici quelques mois, la députée Michel Ressiguier avait tiré à gentils boulets rougis sur le projet : renforcement des inégalités, recours à des entreprises privées, marchandisation de la culture, intermédiaires bancaires… Les sujets de préoccupations ne manquaient pas pour la parlementaire, alors que le Pass faisait ses premiers pas. 

Par-dessus tout, pointait-elle, « il entérine des inégalités de fait entre les établissements culturels, qui ne possèdent pas les mêmes moyens de se faire connaître et de se montrer attractifs aux yeux des jeunes ».
 

Poussif, et très peu convaincant


Dont acte. Le ministère de la Culture essuyait là l’une des premières attaques contre le projet qu’a forcé Emmanuel Macron, et qu’il avait repris de Matteo Renzi, alors Premier ministre de l’Italie. Or, dans le Bel Paese, les résultats sont hautement contestables, et la réussite, très discutable.

La question parlementaire, posée en mars dernier, aura nécessité près de 9 mois pour obtenir réponse. Entre temps, un rapport parlementaire rajoutait une couche de défiance, à différents niveaux. D’abord, le taux de pénétration auprès du public, particulièrement faible : sur 135.000 jeunes éligibles, seulement 25.000 comptes activés

Et puis, la question des dirigeants et de la SAS Pass Culture qui pilote les opérations se trouvait au cœur du débat. Des sommes importantes, pour des services rendus… douteux.
 

Evaluation, communication, implication


Alors, une nouvelle fois, la rue de Valois tente de rassurer, comme l’avait déjà fait Franck Riester mi-novembre, auprès de l’AFP. Selon lui, le Pass n’en était qu’à ses balbutiements et il importait de laisser le temps au temps. Mais surtout, une communication devait intervenir incessamment sous peu, et surtout, un processus d’évaluation très précis interviendrait. En guise de campagne, on attend toujours et si l’évaluation est logée à la même enseigne, alors on n’est pas sortis de l’aubergine.

Pour autant, bâton de pèlerin en main, le ministre une fois de plus tente de rassurer, sur les modalités d’usages et les intentions du Pass, qui vise avant tout à « lever un certain nombre de freins qui limitent leurs pratiques culturelles ». Et d’assurer que la mobilisation d’un grand nombre d’acteurs est en cours pour que cette solution émerge efficacement.

Un dispositif évolutif, progressivement déployé, dont chaque étape permettrait d’apprendre et de comprendre, pour affiner. Certes. Or, « un certain nombre de craintes sont infondées », jure le ministère. Le Pass ne serait pas un portefeuille électronique, mais « un système de remboursement direct par la société Pass Culture aux acteurs culturels des biens et services utilisés par le bénéficiaire ». Nuance de taille.
 

Apprendre à chaque étape, à chaque erreur


De même, les ressources recherchées pour le faire fonctionner visent avant tout sa pérennité, tout en garantissant que les jeunes n’aient pas d’engagement financier — ce qui ruinerait de toute manière l’ensemble du concept. Charge à l’État de créditer les 500 € nécessaires, pour que l’outil fonctionne.

Et d’ajouter quelques données : « Les premiers chiffres issus de l’expérimentation entre le 1er février et le 28 octobre 2019 font état de près de 72 000 réservations effectuées par les 26 000 jeunes ayant ouvert un compte Pass Culture. Le premier bien réservé est le livre (45 %), loin devant les concerts et la musique en ligne (12 % chacun respectivement). » 

De même, les pratiques payantes ne sont pas seules proposées : des offres gratuites existent. Il faudra croire sur parole le ministre, aucune solution de vérification n’existe. Autre point : les offres des acteurs locaux seraient les plus prisées, à ce stade de l’expérimentation — là encore, à accepter béatement. 

Franck Riester promet, derechef, des évaluations « régulières avant sa généralisation sur l’ensemble du territoire, afin de mesurer son impact sur les pratiques culturelles des jeunes ». En revanche, la campagne de communication, elle, a définitivement disparu !  

Notons que certains citoyens ont décidé, voilà quelque temps, de mettre en ligne une pétition, pour demander que s’arrête « la gabegie » du Pass Culture. Avec cette observation déconcertante : « Après le constat d’échec, ils auraient dû arrêter les frais. Mais NON : à la place  ils se sont sucrés entre copains ! »


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